Enver Hoxha Face au révisionnisme 1ère parti : La situation internationale et les tâches du Parti

Rapport présenté au Comité central du Parti du Travail d’Albanie, le 13 février 1957. Ce rapport sur la situation internationale et les lâches du Parti a pour but principal de démasquer le révisionnisme moderne qui, après le XXe Congrès du P.C.U.S., s’est développé à un rythme accéléré dans plusieurs partis communistes. Enver Hoxha attaque ici directement le révisionnisme titiste, mais il n’est pas difficile de comprendre que le coup principal est dirigé contre le révisionnisme moderne, en général, tel qu’il s’était manifesté dans le rapport de Khrouchtchev.

Dès ce moment, le P.T.A. sans pouvoir encore s’en prendre directement à la direction du P.C.Û.S. et aux thèses du XXe Congrès, définit clairement ses positions. L’attaque directe aurait alors servi les ennemis du marxisme-léninisme qui avaient déclenché une campagne effrénée contre le communisme, contre le camp socialiste et surtout contre l’Union soviétique, le premier et le plus puissant Etat socialiste créé par Lénine et Staline. De plus, le P.T.A. n’était pas encore convaincu que Khrouchtchev et son groupe aient trahi le marxisme-léninisme. En dépit de l’extrême gravité des erreurs commises, le P.T.A. espérait que la direction du P.C. U.S. comprendrait un jour ses graves déviations et les corrigerait.

Pour ces raisons, le P.T.A. défendait l’Union soviétique et son parti communiste en considérant cette action comme une lutte pour le marxisme-léninisme et l’unité du mouvement international. En même temps, il combattait les thèses révisionnistes du XXe Congrès, mais indirectement et en affectant de considérer que le centre du révisionnisme était toujours à Belgrade. En mettant en évidence les attitudes profondément antimarxistes de la direction de la Ligue des communistes de Yougoslavie — et en particulier sa conduite chauvine envers l’Albanie et le Parti du Travail — Enver Hoxha voulait enfin démontrer à la direction du P.C.U.S.

et à celle des autres partis communistes, l’étendue de la faute commise en interrompant la lutte contre le révisionnisme titiste. Le P.T.A. ne pouvait pas cesser un tel combat tant que la clique de Belgrade continuait à représenter un grand danger pour le mouvement communiste international et que cette lutte aidait à démasquer toute autre tendance révisionniste moderne, en particulier les thèses présentées au XXe Congrès du P.C.U.S.

1. — Défendre le marxisme-léninisme

L’offensive déclenchée contre l’idéologie marxiste-léniniste se déploie sur deux fronts parallèles, sinon coordonnés : d’une part les forces de l’impérialisme et de la réaction se déchaînent, d’autre part les éléments opportunistes et révisionnistes interviennent, avec à leur tête les dirigeants yougoslaves. Ces derniers ont pour but de semer le désarroi dans les rangs des partis communistes, de les diviser, d’y faire prévaloir des déviations de droite sur la juste ligne, d’opposer les uns aux autres les pays socialistes, de discréditer le marxisme-léninisme et de priver la classe ouvrière de la théorie nécessaire pour s’orienter politiquement et pour construire le socialisme.

Cette offensive contre-révolutionnaire se caractérise par l’utilisation des mots d’ordre de « gauche » pour faire triompher la révision du marxisme-léninisme. Le révisionnisme est apparu dans le mouvement ouvrier lorsque le marxisme eut remporté une victoire théorique totale sur ses ennemis déclarés. Ces derniers ont changé de tactique.

Ils ont entrepris de combattre le marxisme sous le drapeau du marxisme lui-même. Ils s’efforcent fondamentalement, selon le mot de Lénine, de transformer le marxisme en une sainte icône. « Le révisionnisme, écrit Lénine, prend du marxisme tout ce qui est acceptable pour la bourgeoisie libérale, jusqu’à la lutte pour des réformes, jusqu’à la lutte des classes — sauf la dictature du 14 prolétariat — jusqu’à la reconnaissance “généralisée” des “idéaux socialistes”, jusqu’au thème de la substitution d’un ” ordre nouveau ” au capitalisme, il rejette seulement la force vive du marxisme, son caractère révolutionnaire. » (Lénine, Œuvres, vol. 21, p. 226.) Ce sont les dirigeants yougoslaves qui brandissent aujourd’hui le drapeau de la révision du marxisme léninisme.

Aussi sont-ils devenus, aux yeux des impérialistes, une arme indispensable pour combattre le communisme.

A la dernière réunion du conseil de l’O.T.A.N., le ministre des Affaires étrangères de la République fédérale allemande, Von Brentano, a préconisé que l’alliance atlantique apporte son appui au développement du « titisme dans les pays de démocratie populaire ». Cette méthode, observe Von Brentano, est plus fructueuse que l’invitation directe à l’insurrection.

Toutes les radios de l’Occident appellent constamment les peuples du camp socialiste à renverser les dirigeants du Parti et de l’État, à les remplacer par des éléments « antistaliniens », à refuser de construire le socialisme « stalinien » et à embrasser la voie du socialisme « national et spécifique » yougoslave. Nos ennemis envoient en Albanie des proclamations signées du criminel fasciste Sadik Premte [Sadik Premte, ancien dirigeant d’un des groupes communistes albanais. Après la création du parti communiste d’Albanie, il entreprit de le détruire et combattit contre lui, les armes à la main, aux côtés des envahisseurs italiens et allemands et des réactionnaires albanais.] — qui s’intitule maintenant « chef de la section albanaise de la IVe Internationale communiste ».

Il appelle notre peuple à renverser le socialisme « bureaucratique » et à suivre la voie de Tito et d’Imre Nagy. Les dirigeants yougoslaves présentent leurs « théories » comme une grande découverte au service du mouvement ouvrier et de l’humanité tout entière. En fait, leur doctrine et leurs actes sont une arme offerte à l’impérialisme pour combattre le marxisme-léninisme, les partis communistes et le camp socialiste. Les dirigeants yougoslaves veulent faire passer leurs « théories » pour le dernier mot du marxisme. Mais en réalité leur système « philosophique » n’est qu’un mélange de différentes conceptions antimarxistes cent fois réfutées, depuis l’anarchisme de Proudhon et de Bakounine jusqu’aux thèses de Trotsky, de Boukharine et de « l’opposition ouvrière ». [« L’opposition ouvrière » était en 1920-21 un groupe anarchisant d’opposition à l’intérieur du parti bolchevique soviétique. Elle était animée par Ohlapnikov, Medvediev, Kollontai, etc.] La lutte pour la révision du marxisme-léninisme se camoufle actuellement sous la démagogie de trois mots d’ordre principaux :

1. On spécule beaucoup sur une thèse juste : celle du marxisme-léninisme comme développement créateur, comme pensée hostile à tout dogmatisme. Pourtant, les marxistes-léninistes conçoivent le progrès qualitatif de leur théorie non comme sa négation jusque dans ses racines, mais comme son enrichissement par les enseignements et les conceptions nouvelles qu’autorisent l’expérience de la lutte de classe et le développement des sciences. Au contraire, les révisionnistes, comme nous le verrons, rejettent les principaux fondements de la théorie marxiste-léniniste notamment la lutte des classes, la dictature du prolétariat, le rôle dirigeant du Parti, etc. Mais le marxisme est une science et les lois objectives qu’il a découvertes reflètent la réalité de même que les lois établies de la chimie, de la physique, etc. Aussi ne peuvent-elles pas devenir caduques ni être dépassées. Et pourtant Vllahovic, membre du comité central de la Ligue des communistes de Yougoslavie, qualifie le matérialisme historique de « théorie du vieux Marx » et le journal Borba écrit que le danger du « stalinisme » se double d’un autre péril : s’enfermer dans un « léninisme dogmatique » périmé.

2. On spécule aussi beaucoup sur la juste thèse selon laquelle le marxisme doit être appliqué de façon créatrice en fonction des conditions particulières de chaque pays. Selon le marxisme-léninisme, les caractéristiques et les lois fondamentales du passage au socialisme sont les mêmes partout. Mais les formes, les méthodes et les rythmes de la révolution peuvent présenter, dans les différents pays, des diversités déterminées par les conditions concrètes de leur développement. Les révisionnistes s’emparent de ce fait pour lancer les mots d’ordre du « socialisme spécifique et national », pour nous détourner des principes universels du marxisme-léninisme comme de la construction du socialisme et de toute généralisation de l’expérience soviétique. [Il s’agit ici de l’expérience soviétique telle qu’elle s’est développée du temps de Lénine et de Staline.] Le marxisme enseigne que les lois fondamentales de construction du socialisme sont les mêmes partout et que les lois du développement de la société ne connaissent pas de frontières nationales. L’expérience historique permet de dégager les conditions universelles d’une victoire de la révolution : la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’instauration du pouvoir politique de la classe ouvrière — la direction du parti marxiste-léniniste — le renforcement par tous les moyens de l’alliance entre la classe ouvrière d’une part et la paysannerie et les autres couches laborieuses d’autre part — la liquidation de la propriété capitaliste et l’institution de la propriété sociale des principaux moyens de production — l’organisation socialiste de l’agriculture — le développement planifié de l’économie — l’usage de la théorie révolutionnaire marxiste-léniniste comme guide des forces populaires — la défense résolue des conquêtes de la révolution socialiste contre les attaques des anciennes classes exploiteuses et des États impérialistes. Ces aspects universels de la construction du socialisme constituent la voie principale.

C’est, en quelque sorte, le fleuve où se jettent les affluents, c’est-à-dire les traits spécifiques de tel ou tel pays. Ne pas suivre cette voie principale, renier les aspects universels du marxisme-léninisme, c’est s’engager dans une impasse. Voilà ce que confirme l’expérience de la Yougoslavie. Il est clair que les ennemis de la classe ouvrière voient dans le « communisme national » le grand moyen d’action à l’aide duquel ils espèrent détourner de leur voie les pays socialistes et les partis communistes pour faire tourner à rebours la roue de l’histoire… .

Toute la campagne rageuse que les impérialistes et les révisionnistes ont déclenchée contre le communisme est menée dans son ensemble sous le couvert de la lutte contre le « stalinisme ». Aussitôt après le XXe Congrès du parti communiste de l’Union soviétique, les ennemis ont gonflé sans mesure les « erreurs » de Staline. Ils les ont claironnées à tout vent afin de discréditer les États socialistes, les partis communistes et leurs dirigeants ; pour semer le désarroi idéologique et la discorde dans le mouvement communiste international. A la faveur de cette campagne, les éléments droitiers et centristes ont partout relevé la tête. Ils ont engagé le combat avec ardeur contre les partis ouvriers sous des mots d’ordre trompeurs et antimarxistes. Ils ont appelé par exemple à la « démocratisation », à la « déstalinisation », à « l’indépendance nationale » au « bien-être du peuple », etc. Il s’agit en fait de combattre les directions marxistes-léninistes des partis et leur juste ligne. Devant une telle situation, notre parti devait agir. Il a pris des mesures pour combattre les éléments qui, sous le drapeau de la lutte contre le « culte de la personnalité », entendaient faire dévier le Parti de sa voie. Les récents événements ont vérifié de nouveau que le Comité central du Parti, unanimement approuvé par le IIIe Congrès, a eu raison d’engager la lutte contre les divers traîtres, opportunistes, trotskystes, révisionnistes qui avaient tenté, ouvertement ou non, d’écarter notre parti du marxisme-léninisme, de détruire le Parti et la dictature du prolétariat pour frayer la voie à l’instauration du capitalisme et à la domination de l’impérialisme étranger. C’est le but que visaient les plans des ennemis du Parti, de Tuk Jakova et de Bedri Spahiu [Tuk Jakova et Bedri Spahiu, anciens membres du Comité central du Parti du Travail d’Albanie. Au moment où Khrouchtchev commença à détourner le parti communiste de l’Union soviétique hors de la voie révolutionnaire, ils cédèrent aux pressions de l’impérialisme et du révisionnisme moderne.

Mais ils ne trouvèrent aucun appui parmi les membres du P.T.A. et furent exclus de ses rangs.] dont les alliés se démasquèrent à la conférence de Tirana. [Il s’agit de la conférence de la fédération de Tirana du P.T.A. en avril 1956.

Des éléments hostiles recrutés par les révisionnistes yougoslaves et leur légation à Tirana se lancèrent à l’attaque contre la ligne marxisteléniniste du P.T.A. Ils avancèrent des thèses révisionnistes dans l’esprit de celles que Khrouchtchev avait fait triompher quelques semaines plus tôt, lors du XXe Congrès du P.C.U.S. Ils furent politiquement écrasés. Les délégués à la Conférence se rallièrent, dans leur immense majorité, aux positions de leur Comité central.] Tous s’appuyaient pour mener à bien cette triste besogne sur la légation yougoslave. Les douloureux développements de la situation en Hongrie, où la contre- 16 révolution s’est effectivement déclenchée, vérifient pleinement la ligne de notre parti et confirment qu’il a agi en connaissance de cause. Nous ne sommes pas d’accord avec tous ceux qui renient l’activité révolutionnaire de Staline dans son ensemble et le dépeignent sous les couleurs les plus sombres. Nous estimons qu’il doit être mis à sa véritable place.

Staline, comme on sait, est un grand marxiste. Après Lénine, il a défendu le marxisme léninisme contre tous ses ennemis, contre les révisionnistes. Il a apporté une contribution importante au développement de cette science. Il a eu de grands mérites dans la préparation et dans le développement de la révolution d’Octobre, dans la construction du premier État socialiste, dans la victoire historique sur les envahisseurs fascistes, dans la marche en avant du mouvement communiste et ouvrier international.

Pour toutes ces raisons, Staline jouissait d’une grande autorité non seulement en Union soviétique mais aussi dans le monde entier. Sur les questions décisives, dans la défense des intérêts de la classe ouvrière et dans le combat pour la théorie marxiste-léniniste, dans la bataille contre l’impérialisme et les autres ennemis du socialisme, il a constamment mené une juste lutte. Il était et demeure un exemple. Je tiens à souligner que les dirigeants yougoslaves mènent un grand tapage contre Staline à propos du culte de la personnalité, mais ils le pratiquent chez eux, et de la façon la plus criante. Bakaric, membre du Comité exécutif de la Ligue des communistes de Yougoslavie [Le Comité exécutif de la Ligue des communistes yougoslaves correspond à peu près au Bureau politique du parti communiste français ou, chez les Italiens, à la Direction du Comité central.], dans un article écrit à l’occasion de l’anniversaire de Tito, est allé jusqu’à dire que les œuvres « marxistes » de Tito, dans leur ensemble, peuvent seulement être comparées aux meilleurs écrits de Marx, Engels et Lénine. En d’autres termes, Tito se situe au-dessus de Marx, Engels et Lénine ! Les dirigeants et la presse yougoslaves attaquent bruyamment le « culte de la personnalité » de Staline, non pour défendre les principes marxistes léninistes, mais pour discréditer le système socialiste et les dirigeants authentiques des partis communistes, pour réviser le marxisme-léninisme et frayer la voie au « socialisme yougoslave ».

La question de l’œuvre de Staline est importante : après Lénine, il a été durant trente ans à la tête du Comité central du parti communiste de l’Union soviétique. Il a été le guide politique de l’U.R.S.S. et du mouvement ouvrier international. Les ennemis, en le couvrant de boue, ne visent pas tant sa personne que l’Union soviétique. Ils cherchent à la discréditer comme le système socialiste et le mouvement communiste international, et, par conséquent, à saper la foi des travailleurs dans la révolution. Dans le discours prononcé à Pula en novembre 1956, Tito a déclaré : « Nous avons dit dès le début qu’il ne s’agit pas seulement du culte de la personnalité, mais du système qui a permis l’apparition de ce culte. C’est en lui que se trouvent les racines du mal, c’est lui qu’il faut frapper avec le plus de persévérance et de force. » Ainsi donc, selon les dirigeants yougoslaves, le culte de la personnalité a été engendré par le système soviétique.

Par conséquent, ce système doit être révisé (sinon renversé) pour être remplacé par le régime « démocratique yougoslave ». On sait à quel moulin va cette eau : les idéologues de la bourgeoisie n’ont rien épargné pour montrer que les « erreurs » de Staline sont le produit nécessaire du système soviétique, que ce système est une « erreur », une « expérience manquée » et que les travailleurs doivent par conséquent renoncer au socialisme et œuvrer pour le « capitalisme populaire ». [« Le capitalisme populaire » était alors l’idéologie de collaboration de classes la plus répandue aux États-Unis. Elle prêchait l’extinction de la lutte des classes, la diffusion d’actions, c’est-à-dire de valeurs cotées en Bourse, parmi les ouvriers. Le Vatican a vanté cette doctrine réactionnaire dans des Encycliques comme Mater et magistra.] Ces prétentions mensongères ont été rejetées par toute l’histoire du développement du système soviétique.

C’est lui qui a assuré à l’U.R.S.S. des succès colossaux. C’est lui qui a surmonté victorieusement les épreuves les plus dures de l’histoire. C’est lui 17 qui apparaît comme un éclatant exemple du bon combat aux yeux de tous les travailleurs en lutte pour se libérer et construire une vie meilleure. Les dirigeants yougoslaves et tous les révisionnistes s’abritent derrière le drapeau de la lutte contre le « stalinisme » pour mieux régler leur compte à tous leurs adversaires. Leur méthode est simple : ils qualifient les justes thèses marxistes-léninistes de « dogmatisme stalinien ». Les partis communistes et leurs dirigeants fidèles au marxisme-léninisme sont déclarés « staliniens ». La structure de l’État et le régime économique de nos pays sont traités de « bureaucratisme stalinien ». Bien entendu, tout ce qui est « stalinien » doit être liquidé et remplacé par ce qui est « antistalinien ». La division des partis et des communistes en « staliniens » et « antistaliniens », comme la guerre aux « staliniens » menée par les dirigeants yougoslaves, ont un but : la scission du mouvement ouvrier.

Se fondant sur les erreurs et les insuffisances qu’ils attribuent à Staline, les titistes nient tous les succès remportés par l’Union soviétique, les démocraties populaires et les partis communistes au cours de ces dernières années. Ils disent que les États socialistes et le mouvement communiste international sont en crise parce qu’ils souffrent du « stalinisme ». Ils proposent comme issue « la voie yougoslave d’édification du socialisme ». Ils affirment que la Yougoslavie, parce qu’elle s’est détachée en 1948 du camp socialiste, a échappé au « stalinisme ». Et ils expliquent par là qu’elle seule ait trouvé la « juste voie » de construction du socialisme, qui doit maintenant servir d’exemple à tous les pays.

On fait grand bruit autour du « socialisme yougoslave » pour le présenter comme pur de toute erreur et comme le seul modèle acceptable et même possible de construction du socialisme dans tous les pays. Mais qu’en est-il en réalité ? La voie « yougoslave » a-t-elle montré quelque supériorité ? Au contraire, les dirigeants yougoslaves eux-mêmes admettent les sérieuses faiblesses du régime social et surtout de l’économie du pays.

Nous savons bien quel type de « démocratie » l’U.D.B. [Police politique secrète yougoslave.] assure aux travailleurs yougoslaves. Les dirigeants de Belgrade eux-mêmes ont reconnu que la Ligue des communistes de Yougoslavie présente de sérieux symptômes de désagrégation depuis la directive qui tend à limiter le Parti à un rôle purement éducatif.

D’autre part, ils posent la question décisive de la réorganisation de la production, base sur laquelle repose l’ensemble de la société. Les titistes parlent beaucoup de la réforme de l’économie yougoslave. Mais quels résultats celle-ci a-t-elle donnés ? Selon les informations officielles de Belgrade, la productivité du travail en Yougoslavie est inférieure à celle de 1939. L’indice des prix de détail s’est élevé de 27 % par rapport à 1952. Dans la campagne, l’économie individuelle prédomine.

La réorganisation des coopératives agricoles, réalisée de 1953 à 1955, n’en a laissé que 896 sur 4192. En 1952-53, 358 000 hectares de terres seulement sont restés en friche, en 1955-56, cette étendue s’est élevée à 575 000 hectares. La production de céréales n’atteint pas le niveau d’avant-guerre. Il en manque 600 à 650 000 tonnes par an pour faire face aux besoins de la population. L’économie yougoslave dépend dans une grande mesure des secours accordés par les États-Unis d’Amérique, soit une aide importante d’un milliard deux cent millions de dollars.

Si les impérialistes américains ont accordé ces subventions considérables à la Yougoslavie, ce n’est assurément pas pour participer à la construction du socialisme. Peut-on penser, en effet, que l’impérialisme puisse contribuer à édifier un régime nouveau donc à creuser plus vite sa propre tombe ? Ou qu’entre plusieurs voies du socialisme, il choisisse de soutenir la meilleure ? C’est l’affaire des « communistes » et des travailleurs yougoslaves de suivre le chemin, d’adopter les formes qui leur paraissent les meilleures. Certes, nous ne les approuvons pas, mais nous ne nous ingérons pas dans leurs affaires intérieures. Or Tito et la presse yougoslave se sont déclarés partisans de « la pluralité des voies dans la marche vers le socialisme ».

Ils ont proclamé la « non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays ». Et voilà que maintenant ils mettent tout en œuvre pour prôner « la voie yougoslave » comme étant la seule « bonne méthode ». Bien mieux, ils s’efforcent de prouver, arguments « théoriques » à l’appui, que cette voie est objectivement nécessaire dans tous les pays socialistes. Ils soutiennent que nos systèmes « staliniens » sont en contradiction avec les lois de la 18 science sociale. Par conséquent, disent-ils, il faut les remplacer absolument par un régime de type yougoslave, faute de quoi nous sommes menacés de subir la même catastrophe que la Hongrie. Tito et Kardelj ont tiré les conséquences de cette thèse : à leurs yeux la contre-révolution fasciste en Hongrie est une révolution qui tendait à renverser le régime « stalinien ». Et selon Maris Vilfan, secrétaire de la commission pour les affaires extérieures de l’Union socialiste des travailleurs de Yougoslavie [Aujourd’hui, Union socialiste du peuple de Yougoslavie — Organisation présentée comme un front de toutes les couches laborieuses.], elle est le début de « la renaissance de l’Europe orientale ». Les dirigeants de Belgrade ont déclaré ouvertement qu’ils se sont donné pour tâche d’imposer leur voie aux autres partis même « au prix d’une lutte longue et difficile ».

Dans leurs discours et leurs journaux, ils traitent de « staliniens » tous ceux qui n’acceptent pas la voie yougoslave. Ils appellent les « communistes » à les renverser et à les remplacer par des partisans de la « nouvelle ligne ». Tito a dit à Pula que le sort du mouvement ouvrier dépendra de l’orientation qui triomphera dans les partis communistes : la voie nouvelle, qui s’est amorcée en Yougoslavie […] ou la voie stalinienne. Et il poursuit : « La Yougoslavie ne peut se permettre de s’enfermer dans sa coquille, elle doit agir dans toutes les directions […] afin que triomphe l’esprit nouveau.» Après de telles prises de position, comment les dirigeants de Belgrade et la Borba [Organe officiel de la Ligue des communistes de Yougoslavie.] peuvent-ils prétendre qu’ils ne pensent nullement à imposer leur voie aux autres partis et se plaindre d’être accusés injustement d’en avoir l’intention ? Voilà, camarades, quel danger présente aujourd’hui le révisionnisme. Voilà pourquoi notre parti et tous les autres partis marxistes-léninistes doivent redoubler de vigilance et frapper sans merci, sans la moindre hésitation tous les révisionnistes, tous les renégats du marxisme-léninisme.

2. — Le parti de la classe ouvrière dans la révolution socialiste

En Hongrie, les réactionnaires, les éléments antimarxistes et anti-léninistes concentrèrent avant tout leur tir contre le Parti des Travailleurs. Ils mirent à profit les erreurs et les insuffisances du Parti pour attaquer le Comité central, désagréger et scinder le Parti.

Ils tentèrent de le discréditer devant les masses, de déchaîner contre lui les couches sociales hésitantes, et de mobiliser tous les ennemis.

Ils écartèrent le Parti de la direction de l’État et — grâce à la création du gouvernement de « coalition » d’Imre Nagy — le pouvoir passa en fait entre les mains des partis réactionnaires et de conseils contre révolutionnaires. Par la terreur et les massacres, ils cherchèrent à exterminer les communistes. Ainsi, dans les moments les plus tragiques, le peuple hongrois demeura sans guide et ne fut plus en mesure de fermer la porte, en temps voulu et avec la force requise, à la contre-révolution fasciste.

Une fois de plus il fut démontré que, sans la direction du parti marxiste-léniniste, il ne peut exister de dictature du prolétariat.

Or, juste à cette époque, les dirigeants yougoslaves diffusèrent leur conception opportuniste qui nie le rôle dirigeant du Parti. Mihallko Todorovic [Membre du Comité exécutif de la Ligue des communistes de Yougoslavie.] écrivait : « […] Le socialisme s’est acquis une base socio-politique très large. Ce n’est plus là l’affaire de certains partis déterminés, ni même uniquement de la classe ouvrière, mais de l’écrasante majorité de la population, une affaire nationale dans nombre de pays et pour ainsi dire dans la totalité d’entre eux. » Kardelj [Alors numéro 3 (après Tito et Bankovic) et principal idéologue de la Ligue des communistes de Yougoslavie.] disait : « Le rôle du Parti se borne de plus en plus à une fonction éducative, sa liaison avec l’appareil d’administration étatique est donc rompue. » En Pologne également, les éléments réactionnaires et opportunistes se prononcent pour le mot d’ordre de la démocratisation, contre le rôle dirigeant du Parti.

Des vues analogues paraissent également dans 19 leur presse. Et, au plénum [Assemblée générale de tous les membres d’un organisme dirigeant] des syndicats et à la conférence nationale de la jeunesse, on a beaucoup parlé de l’indépendance des organisations de masse à l’égard du Parti. L’ensemble de l’expérience historique montre combien il est dangereux de nier le rôle dirigeant du Parti de la classe ouvrière, c’est-à-dire, en fait, de priver la classe ouvrière de son parti.

La fonction de direction du parti marxiste-léniniste est une nécessité vitale pour accomplir la révolution socialiste et construire le socialisme et le communisme.

Seul en effet le Parti est armé de la science marxiste léniniste qui lui permet de connaître les lois objectives de la société. Seul il est capable de diriger et de coordonner l’activité de toutes les organisations de la classe ouvrière. Combattant les vues de l’Opposition ouvrière, Lénine écrivait : « Le marxisme nous enseigne — et cet enseignement […] s’est avéré juste dans la pratique de notre révolution — que seul le Parti politique de la classe ouvrière, autrement dit le parti communiste, est à même d’unir, d’éduquer, d’organiser une avant-garde du prolétariat et de toutes les classes laborieuses, qui soit capable de faire face aux nécessaires incertitudes petites-bourgeoises de cette masse, aux traditions et aux réapparitions inévitables des vues étroites et corporatistes, ou des préjugés professionnels dans les rangs, du prolétariat, et de guider toute l’activité conjuguée de l’ensemble du prolétariat — autrement dit de le diriger politiquement et, à travers lui, toutes les masses laborieuses.

Faute de quoi, la dictature du prolétariat est irréalisable. « La compréhension incorrecte du rôle du parti communiste dans ses rapports avec le prolétariat sans parti, puis dans les rapports du parti et du prolétariat avec la masse des couches laborieuses, constitue un abandon théorique décisif du communisme et une déviation vers le syndicalisme et l’anarehisme, déviation qui entretient toutes les vues du groupe de “l’Opposition ouvrière”. » (Lénine, vol. 32, p, 257.) Voilà donc ce que veut dire la négation du rôle dirigeant du parti marxiste-léniniste.

C’est laisser la classe ouvrière sans avant-garde, la désarmer et la trahir totalement dans l’intérêt de la bourgeoisie. Kardelj justifie ses affirmations erronées sur le rôle du Parti par un argument absurde : la fonction dirigeante du Parti, dit-il, est incompatible avec le rôle véritablement décisif de la masse des producteurs. Il explique le désir des communistes de renforcer leur parti par le fait que, selon lui, ils n’ont généralement « pas confiance dans les masses ».

Mais les classiques du marxisme-léninisme et la pratique ont démontré que l’existence du parti n’entrave pas le rôle des masses en tant que créatrices de l’histoire. Ils ont prouvé que c’est seulement sous la conduite du parti communiste que la classe ouvrière, l’ensemble des travailleurs, peuvent remplir ce rôle avec succès. « […] Le prolétariat — dit Engels — devient une force à partir du moment où il crée un parti ouvrier indépendant. » (Karl Marx, F. Engels, Œuvres, Édition russe, volume 13, première partie, P. 67.) Les dirigeants yougoslaves cherchent à abriter leurs vues erronées sur le rôle du Parti sous le drapeau de la « déstalinisation et de la démocratisation ». Kardelj affirme que la classe ouvrière et les masses laborieuses doivent exercer une influence directe sur le système politique, mais pas à travers le Parti ou sa direction.

Et il considère la direction du Parti comme l’incarnation du despotisme bureaucratique. C’est là, en fait, l’ancienne thèse allemande de « l’opposition de principe » prônée par les trotskystes, les opportunistes et les idéologues de la bourgeoisie.

Partant du rôle dirigeant du Parti dans le système de la dictature du prolétariat, ils prétendaient qu’en Union soviétique ne règne pas la dictature de la classe ouvrière, mais la « dictature du Parti », la « dictature des chefs ». [« L’Opposition de Principe » était un groupe petit-bourgeois anarcho-syndicaliste qui s’était détaché du parti communiste d’Allemagne en 1919.] Leur but était de nier le caractère démocratique de l’État socialiste et de mettre en opposition les masses avec les dirigeants et avec le Parti. Tout État, de quelque type qu’il soit, est guidé par les classes dominantes à travers le Parti qui les incarne. De cette bureaucratie-là aucun État ne peut être exempt. Prétendre donc « démocratiser » le pays en réduisant à néant la tâche dirigeante 20 du parti marxiste-léniniste, revient à confier cette fonction à un autre parti. C’est ce que confirme l’histoire.

C’est ce que confirme aussi l’expérience des récents événements de Hongrie.

3. — Le rôle de la dictature du prolétariat

La question essentielle de toute révolution est celle du pouvoir. Ces temps derniers, les événements, en particulier ceux de Hongrie, ont permis aux communistes de dégager des conclusions importantes pour le renforcement de la dictature du prolétariat. Cependant, les idéologues de la bourgeoisie et du révisionnisme ont mis ces circonstances à profit pour déterrer toutes les vieilles calomnies, toutes les « théories » pourries dirigées contre la dictature du prolétariat.

La direction yougoslave a érigé la négation de la dictature du prolétariat en un « système théorique ». Kardelj, à Oslo [Kardelj avait été invité au congrès du Parti socialiste norvégien. C’est dans cette assemblée qu’il a prononcé les phrases citées.], dans son dernier discours, en vient à une conclusion très claire : « Le mécanisme étatique de la période de transition » — autrement dit la dictature du prolétariat — doit être liquidé. Il invoque tous les exemples à l’appui de sa thèse : les événements de Hongrie, la lutte contre le « stalinisme » et le « bureaucratisme », la décentralisation de la « démocratie productive directe » yougoslave. Il va même jusqu’à stigmatiser la dictature des Jacobins bien que Lénine ait dit : « Les Jacobins de 1793 sont entrés dans l’histoire comme un grand exemple de lutte véritablement révolutionnaire contre la classe des exploiteurs par la classe des travailleurs et des opprimés, qui a pris dans ses mains tout le pouvoir d’État. » (Lénine, volume 25, p. 55.) Kardelj et sa clique combattent la théorie marxiste-léniniste de la dictature du prolétariat et qualifient cette lutte de bataille contre le « stalinisme ».

Mais on sait que Marx, dans La Critique du programme du Gotha, indique que l’État de la période de transition entre capitalisme et socialisme ne peut être que la dictature révolutionnaire du prolétariat. [Voir la traduction de la Critique du programme de Gotha, parue aux Éditions Sociales.] Marx et Engels ont combattu les anarchistes et les révisionnistes qui voulaient dépouiller la classe ouvrière de sa dictature, instrument indispensable pour construire la société communiste.

A) Avant tout, la dictature du prolétariat est nécessaire pour exproprier les classes exploiteuses, pour briser leurs tentatives, liées à celles des États impérialistes et qui visent à rétablir par tous les moyens le capitalisme. Les idéologues de la bourgeoisie et les révisionnistes cherchent à discréditer la dictature du prolétariat en l’accusant d’être un État antidémocratique. Or, elle est le seul type d’État qui assure pour la première fois la démocratie véritable : pour la première fois apparaît avec elle le pouvoir de la classe ouvrière, alliée à la paysannerie laborieuse, pour exercer sa répression contre la minorité, la classe exploiteuse. Elle s’appuie sur la propriété socialiste des moyens de production et sur les masses libérées de l’exploitation. En revanche, la démocratie bourgeoise la plus avancée est, par nature, antidémocratique. Elle est fausse et mensongère : elle est la dictature de la minorité, l’arme qu’emploie la bourgeoisie pour opprimer et exploiter l’immense majorité de la population.

Même dans la période de la lutte de classes la plus acharnée, l’État socialiste est mille fois plus démocratique que la république bourgeoise la plus démocratique, qui ne peut lui être comparée sous ce rapport. Certes, nous ne nous accommodons pas des violations de la démocratie et de la légalité socialistes. Nous estimons qu’elles ne doivent pas être tolérées.

Sinon la dictature du prolétariat s’affaiblira et se décomposera par la base. Et l’existence même de cette dictature sera mise en péril. Nous devons lutter sans relâche pour développer la démocratie socialiste et pour renforcer sans cesse davantage l’alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie et les autres masses laborieuses. S’appuyant sur les événements de Hongrie, les ennemis du socialisme et les révisionnistes préconisent que la dictature du prolétariat se libéralise, que s’adoucit sa domination sur les classes exploiteuses, qu’elle accorde la liberté aux ennemis du socialisme. Les conceptions de Tuk Jakova et de Bedri Spahiu ressemblent à ces thèses trait pour trait. Les événements de Hongrie ont montré qu’une telle 21 politique équivaut pour la classe ouvrière à ouvrir de ses propres mains les portes à la contrerévolution, à préparer le renversement de son propre pouvoir et le rétablissement de la dictature de la bourgeoisie.

Notre parti ne s’est jamais aventuré sur la voie périlleuse où cherchent à l’entraîner les révisionnistes. Notre parti a choisi pour guide les enseignements de Lénine : « La dictature du prolétariat ne signifie pas que la lutte de classes a pris fin, celle-ci se poursuit sous une forme nouvelle et avec de nouveaux moyens. » (Lénine, volume 32, Édition albanaise, p. 533.) La dictature du prolétariat, « c’est la guerre la plus héroïque et la plus implacable de la classe nouvelle contre un ennemi plus puissant, contre la bourgeoisie, dont la résistance est décuplée par son renversement […] La dictature du prolétariat est une lutte opiniâtre, sanglante et non sanglante, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative contre les forces et les traditions de la vieille société. » (Lénine, édition française, volume 31, p. 17, 18 et 39.) Dans la période de la dictature du prolétariat, la liberté et la démocratie sont assurées uniquement aux larges masses laborieuses, cependant qu’il n’y a ni liberté, ni démocratie pour les classes exploiteuses renversées mais non anéanties, pour les ennemis du socialisme, pour les agents de l’impérialisme.

C’est sur eux, en revanche, que s’exerce cette dictature. Lénine demandait au régime prolétarien hongrois de 1919 de « recourir à une action violente et impitoyable, rapide et résolue » pour écraser les contrerévolutionnaires. Et il indiquait que : « Celui qui n’a pas compris cela n’est pas révolutionnaire, et il doit être destitué de la fonction de dirigeant ou de conseiller du prolétariat. » (Lénine, volume 29, p. 393.) La classe ouvrière doit user de la violence en fonction du degré de résistance des classes exploiteuses et sans la moindre défaillance.

B) La dictature du prolétariat est, indispensable pour édifier la société socialiste et communiste. La direction yougoslave, au contraire, met en avant la théorie du « système de la démocratie directe » qui a pour fondement la négation du rôle de l’État dans l’édification de la société socialiste. Cette « théorie » de la direction yougoslave est empruntée à l’arsenal intellectuel de Proudhon et de Bakounine, du groupe : « Centralisme démocratique », de « l’Opposition ouvrière », de Trotsky et de Boukharine. Pour nous convaincre, Kardelj va jusqu’à dire que « Marx et Engels, voyant après la Commune de. Paris le danger de, la bureaucratie, abandonnèrent l’idée que l’État est le principal moyen dont dispose le prolétariat pour transformer économiquement la société ». En réalité, Marx et Engels ont critiqué la Commune de Paris pour avoir « trop peu usé de cette autorité » [Karl Marx, F. Engels, Œuvres, Éditions russes, volume 15, p. 137. Enver Hoxha oppose cette conception de Marx et d’Engels à celle des anarchistes Proudhon et Bakounine.

Il rappelle que c’est là une théorie qu’ont successivement reprise tous les éléments opposés aux bolcheviks.

La fraction Centralisme démocratique s’était constituée en 1920-21 en Union soviétique. Ses membres étaient hostiles à la direction unique à l’intérieur des entreprises, comme au rôle dirigeant du Parti dans l’administration d’État.

Les éléments anarchisants de l’Opposition ouvrière militaient à l’intérieur du parti bolchevique en 1920-1921. Leurs principaux représentants étaient Chlapnikov, Medvediev, Kollontai, etc. Boukharine, alors membre du Comité central du Parti bolchevique de l’Union soviétique se distingua par un opportunisme profond.

Il lutta contre la ligne révolutionnaire du parti bolchevique, et prit en main la défense des koulaks. Finalement, il se rallia aux trotskystes.] — autrement dit de la force du pouvoir d’État — pour mener à, bien les tâches de la transformation économique.

La direction centralisée de l’économie est une nécessité objective engendrée par l’essor de la grande production industrielle. Cette forme de direction est à, plus forte raison scientifiquement indispensable 22 en régime socialiste, où la propriété des moyens de production est collective et où agit la loi objective du développement proportionné et planifié de la production. La centralisation démocratique a résisté à l’épreuve de la pratique.

Le niveau de développement économique atteint en Union soviétique et dans les démocraties populaires est inséparable de la direction planifiée exercée par l’État sur les entreprises.

Celle-ci est combinée avec la démocratie. Faute de quoi elle engendrerait des déformations bureaucratiques et briderait l’initiative locale. On ne peut pour autant conclure avec Kardelj qu’il faut renoncer au rôle dirigeant de l’État socialiste dans l’économie nationale.

La décentralisation que prônent les dirigeants yougoslaves abolit le rôle dirigeant du Parti et de la dictature du prolétariat. Elle comporte le danger de la vie économique abandonnée à elle-même. Elle mène à l’anarchie du marché. Elle mine la planification de l’économie et accentue la différenciation des classes. C’est ce que confirme la réalité yougoslave.

Les titistes portent aux nues comme un remède universel, comme une panacée miraculeuse, « les conseils ouvriers d’autogestion des entreprises ». On est ici en présence de deux problèmes différents qui concernent l’un la propriété et l’autre la gestion.

Afin de combattre la dictature du prolétariat, les dirigeants yougoslaves vont jusqu’à affirmer que la propriété d’État en régime socialiste n’est pas socialiste, mais qu’elle participe du capitalisme d’Etat. Et M. Todorovic en tire la conclusion sordide que « l’État socialiste dépouille les ouvriers » (Nasha Stvarnost [Revue théorique yougoslave, Nos 7 et 8 de 1956.]). Ces dirigeants cherchent à arracher les entreprises des mains de l’État socialiste qui exprime les intérêts de l’ensemble de la société. Et il prétend les remettre aux groupes de producteurs selon le vœu de Proudhon et de l’Opposition ouvrière. Or, dès le Manifeste communiste, Marx et Engels ont dit que l’État socialiste doit centraliser dans ses mains tous les moyens de production.

Les conseils ouvriers n’ont pas justifié leur existence en assurant l’« autogestion des entreprises ». La presse yougoslave elle-même, après Tito et Kardelj, reconnaît que cette forme d’organisation économique a donné naissance à des tendances anarchistes, à la concurrence, au gaspillage des moyens financiers et matériels, à l’esprit de spéculation entretenu par l’évolution des prix, etc. On ne peut mesurer la valeur des différentes formes de gestion sans tenir compte de leur contribution au développement de l’économie nationale.

Or la situation de l’économie yougoslave (que nous avons évoquée plus haut) montre à quels résultats mène «le système de la démocratie directe» en Yougoslavie.

L’économie de ce pays se traîne à la recherche des aumônes de l’impérialisme américain.

Lénine n’a cessé d’affirmer que la théorie de la dictature du prolétariat est la partie la plus importante du marxisme, que l’acceptation ou le refus de la dictature du prolétariat constitue la ligne de démarcation la plus nette entre le matérialisme historique et la pensée de la bourgeoisie — petite ou grande — dans son ensemble.

Ainsi, ceux qui révisent la théorie marxiste de la dictature du prolétariat sous couleur d’attaquer le « stalinisme et le bureaucratisme », rejettent le marxisme-léninisme dans son ensemble. Ils trahissent en réalité la classe ouvrière et se rallient à la bourgeoisie.

Ce qu’il faut, ce n’est pas anéantir la dictature du prolétariat comme le prétend Kardelj, mais la renforcer le plus possible. Il importe de ne pas permettre son affaiblissement, sa « libéralisation », d’empêcher que la confusion et le désordre ne s’installent dans nos rangs. Nous devons justement empêcher que se réalise ce que souhaitent nos ennemis. Les dirigeants yougoslaves parlent beaucoup de l’« extinction » de l’État.

Mais le marxisme-léninisme enseigne que cette question se posera seulement quand aura été assurée, à l’échelle mondiale, la victoire définitive du prolétariat sur la bourgeoisie et que le danger de restauration du capitalisme aura ainsi été évité.

Or aujourd’hui, au contraire, les impérialistes et les forces contre-révolutionnaires s’efforcent par tous les moyens de renverser les États socialistes.

Soulever dès maintenant la question de F« extinction » de l’État c’est donc vouloir désarmer la classe ouvrière. Au reste, on n’entend pas dire que des mesures aient été prises en Yougoslavie pour affaiblir le pouvoir d’État. 23 Alors que signifient ces sermons de Kardelj et de la clique de Belgrade ?

4. — La lutte de classes dans la phase de transition

Les récents événements politiques, en particulier ceux de Hongrie, ont marqué une aggravation de la lutte des classes à l’échelle nationale et internationale.

On comprend donc bien que, dans cette période, il devienne plus dangereux encore de désorienter la classe ouvrière et les autres masses laborieuses et de les bercer de la « théorie » de la fin de la lutte de classes.

Et c’est précisément ce que les dirigeants yougoslaves sont en train de faire. Dans son dernier discours, Edward Kardelj, « jugeant » les événements contre-révolutionnaires de Hongrie, a déclaré : «Concevoir le processus de développement socialiste dans la seule optique de la révolution socialiste, autrement dit uniquement à travers le conflit opposant le prolétariat à la bourgeoisie, est une absurdité idéologique et une conception politiquement réactionnaire ». (Discours prononcé à la Skupstina populaire, Assemblée de la République populaire fédérative yougoslave le 7 décembre 1956). C’est là rejeter la théorie de la lutte des classes, qui enseigne que les événements historiques doivent toujours être considérés à travers le conflit entre le prolétariat et la bourgeoisie, à travers la lutte de classes. Les dirigeants yougoslaves, fidèles à leur logique fondée sur le refus de la lutte de classes ont défini la contre-révolution fasciste en Hongrie, les actes de sauvagerie et les représailles des bandes horthystes [Horthyste, partisan de Horthy, dictateur sous le titre de « régent du royaume de Hongrie » de 1920 à 1944, collaborateur des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.] comme une « révolution populaire ». Les discours des dirigeants et la lecture de la presse yougoslaves donnent l’impression que ni l’impérialisme, ni les plans américains de restauration du capitalisme dans les pays socialistes, ni la lutte de classes n’existent réellement.

On dirait que ces problèmes ne méritent pas d’attirer notre attention. Bien plus, on observe dans les documents yougoslaves, une transformation des mots les plus banals. C’est ainsi, entre autres exemples, que le mot « impérialisme » a été remplacé par d’autres tels que « la politique occidentale des blocs » ou « la liberté de type occidental », etc. Pour les dirigeants yougoslaves, le danger ne réside pas dans l’impérialisme, mais dans les « éléments conservateurs et bureaucrates » comme ils appellent tous les partis et dirigeants qui ne partagent pas leurs vues.

Le marxisme-léninisme nous enseigne que, dans la période de transition, la lutte de classes est inévitable. Celle-ci est une réalité objective qui n’est pas séparable de l’existence des classes exploiteuses ou de leurs débris, mais aussi des agents de l’impérialisme, d’un vaste secteur de petits producteurs, des survivances du capitalisme dans la conscience des hommes, et, enfin, de l’existence même de l’impérialisme, partant, de la lutte de classes à l’échelle internationale.

A ce propos, voici ce que disait Lénine : « La suppression des classes s’obtient au moyen d’une lutte de classe longue, difficile et résolue, laquelle, après le renversement du pouvoir du Capital, après la destruction de l’État bourgeois et l’instauration de la dictature du prolétariat, ne disparaît pas […] mais change seulement de formes, et par beaucoup d’aspects, s’exacerbe encore. » (Lénine, Volume 9 pp. 394-95.) La pratique a montré que, en même temps que le socialisme se renforce, dans le pays comme à l’échelle internationale, la base économique des débris des classes exploiteuses s’affaiblit, leur influence politique diminue de jour en jour, leur nombre même va décroissant.

Or, malgré tout, la lutte de classes ne s’éteint pas. Après le XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, les éléments opportunistes et libéraux de certains pays ont compris de façon dogmatique et opportuniste le problème de la lutte de classes. Voilà qui a entraîné, dans les pays où ces conceptions n’avaient pas été dénoncées en temps voulu, un relâchement dans la vigilance à l’égard des ennemis du socialisme. Là, du même coup, ces ennemis se sont sentis plus forts.

Notre parti a bien compris et traité ces développements de la lutte des classes. Le Comité central et les organisations du Parti ont frappé depuis longtemps les manifestations d’opportunisme qui se sont fait 24 jour dans certains cas chez des éléments instables. Notre parti a montré à juste titre que la tendance à l’affaiblissement des ennemis intérieurs de classe accompagne la croissance de nos forces.

Mais elle n’a rien de commun avec les conceptions opportunistes qui nient la lutte des classes, avec les théories antisocialistes comme celles des boukhariniens, qui voient dans la période d’édification du socialisme une période de « paix et d’harmonie » entre les classes, une période « d’équilibre stable », dans laquelle la lutte des classes tend à s’éteindre. Le Comité central a indiqué que durant cette période la lutte des classes ne se développe pas toujours en ligne droite. Le chemin suivi peut être tortueux.

C’est ce que confirment les événements de ces dernières années : la provocation de Berlin en 1953 [La provocation de Berlin, en juin 1953, fut déclenchée par des éléments fascistes à l’instigation des agents des services secrets américains et ouest-allemands.], celle de Poznan en 1956 [La provocation de Poznan eut lieu au mois de juin 1956 en Pologne ; les éléments réactionnaires encouragés par le révisionnisme de Gomulka et de son groupe, aussi bien que par les décisions antimarxistes du XXe Congrès du P.C.U.S. se lancèrent dans des manifestations antisoviétiques et des actions armées contre le régime socialiste.] et surtout la contre-révolution fasciste en Hongrie.

5. — De nos relations avec la Yougoslavie

L’expérience de l’Albanie, dans ses relations avec la Yougoslavie, illustre mieux que celle de tout autre pays la véritable attitude des dirigeants de Belgrade à l’égard du marxisme-léninisme.

En effet, nulle part ailleurs ceux-ci ne sont intervenus plus brutalement qu’en Albanie. Les titistes ont observé à l’égard de notre parti, de notre État et de notre peuple, une attitude antimarxiste et chauvine.

Leur but était de transformer notre parti marxiste-léniniste en un parti opportuniste et de faire de l’Albanie une République incluse dans l’État fédéral yougoslave.

C’est ce que confirment les faits historiques que j’énumère ici brièvement.

a) En 1944, à la veille de la libération de l’Albanie, les dirigeants de Belgrade, par l’entremise de Velimir Stojnic, sont intervenus dans les affaires de notre Parti. Ils ont organisé dans nos rangs, lors du IIe plénum du Comité central à Berat [Dès le lendemain de la libération, la clique titiste avait envoyé des émissaires au Comité central albanais pour renverser la Direction et, en particulier pour éliminer le camarade Enver Hoxha du poste de secrétaire général Les émissaires yougoslaves, avec la complicité de certains éléments arrivistes et révisionnistes, en vinrent à exiger une « autocritique » du Comité central pour la ligne suivie pendant la guerre et qui avait pourtant abouti à d’immenses succès.

Dès ce moment la lutte était donc engagée entre les révisionnistes et les marxistes-léninistes.], une fraction dangereuse.

Leur but était de nous détourner de notre juste ligne marxiste-léniniste et de renverser la direction du P.T.A.

Les titistes accusaient la direction de notre parti d’avoir appliqué une ligne erronée et sectaire.

Mais c’est précisément en s’appuyant sur la ligne du Parti que notre peuple a remporté une victoire historique sur les envahisseurs et les réactionnaires de l’intérieur.

La ligne yougoslave que Vledimir Stojnic cherchait à nous imposer obscurcissait le rôle dirigeant de l’Union soviétique et celui du Parti. Elle rejetait la lutte de classes et frayait la voie aux tendances opportunistes.

[Velimic Stojnic, membre du parti communiste de Yougoslavie, fut envoyé par Tito en Albanie en août 1944 avec mission d’assurer la soumission du parti communiste d’Albanie à la direction titiste.] Après le plénum de Berat, les oppositions des éléments antiparti à la direction du Parti, notamment de Koci Xoxe [Koci Xoxe, ancien membre du Bureau politique du parti communiste d’Albanie.

Il devint un agent de Tito et travailla de toutes ses forces pour faire du parti communiste d’Albanie un appendice du parti communiste de Yougoslavie et pour transformer l’Albanie en une septième République de l’État fédéral yougoslave.

Il fut démasqué en septembre 1948 et exclu du Parti dès le mois de novembre.] et de Sejfullah Malëshova [Sjefullah Malëshova est un ancien membre du Comité central du parti communiste d’Albanie. Il se rallia aux titistes lors de leur attaque sans principes d’automne 1944 contre la direction marxiste-léniniste du parti communiste d’Albanie et Enver Hoxha. Tout de suite après la libération du pays (1945), il s’efforça d’imposer au parti communiste d’Albanie une ligne bourgeoise opportuniste. Il fut démasqué en février 1946 et un peu plus tard exclu du Parti.] qui appuyaient l’adoption de la « ligne yougoslave » se renforcèrent.

La direction yougoslave nous accuse aujourd’hui d’avoir injustement condamné Koci Xoxe, qu’elle qualifie de « patriote » et de « marxiste ». Mais qu’a fait Koci Xoxe ? Il a tenté d’anéantir le Parti, en le maintenant dans la clandestinité même après la libération, en le dissolvant dans le Front démocratique.

Il a violé les principes léninistes les plus élémentaires de la construction du Parti.

Il l’a placé sous le contrôle des organes de la Sûreté de l’État : 15 000 dossiers de militants ont été trouvés dans les archives de la police qui avait installé un réseau dans chaque organisation de base. Koci Xoxe mettait au point des dossiers pour compromettre les dirigeants du Parti et de l’État et préparait un complot pour les éliminer physiquement. Comme ministre de l’Intérieur, il a violé la légalité socialiste de la façon la plus grossière.

Il approuvait les plans de Belgrade qui visaient à faire de l’Albanie la septième République de l’État fédéral yougoslave. Et il travaillait activement à la réalisation de ce projet. Face à tous ces crimes, notre devoir est clair : ne pas réhabiliter, mort, un homme que nous ferions pendre s’il était vivant. La direction yougoslave est responsable du suicide de Nako Spiru. [Nako Spiru, alors membre du Bureau politique du parti communiste d’Albanie se suicida en novembre 1947. Il fut ainsi victime des calomnies inventées contre sa personne par les révisionnistes yougoslaves et leur agent dans le parti communiste d’Albanie, Koci Xoxe.] A Berat, celui-ci chercha à s’entendre avec Koci Xoxe et sa clique.

Mais il comprit par la suite le jeu des Yougoslaves et revint au droit chemin. Il n’a pas eu en fin de compte le courage de révéler la vérité au Parti, et il a préféré mettre fin à ses jours.

Vous savez que sa mort rendit la situation plus difficile encore et que les intrigues de Koci Xoxe et de ses acolytes conduisirent au VIIIe plénum qui ouvrit encore plus grandes les portes à l’ingérence yougoslave dans les affaires albanaises.

Les relations économiques entre nos deux pays reposaient sur des fondements antimarxistes et colonialistes. Les règles les plus élémentaires des rapports entre États souverains furent foulées aux pieds. En 1946, six sociétés albano-yougoslaves furent créées, mais Belgrade n’enverra jamais les sommes promises et se contentera de recueillir les bénéfices produits par les investissements albanais, ceux-là bien réels. La parité de la monnaie albanaise avec le dinar yougoslave fut établie sur la base d’une forte dévaluation de la monnaie albanaise de l’ordre de 70 %. L’union douanière laissa le champ libre au commerce yougoslave privé ou nationalisé pour rafler sur notre marché nos stocks de toute nature.

L’échange des marchandises sur la base des prix intérieurs et non pas du marché international porta un coup très dur à notre économie. Une commission commune de coordination des plans, avec à sa tête le yougoslave Krajuger se transforma en un gouvernement de fait placé au-dessus du gouvernement de l’État albanais. Nous sommes en possession d’un document relatif au plan et signé par Kidric, alors président de la Commission du Plan : l’Albanie figure dans ce texte comme une septième République de l’État fédéral titiste.

Les dirigeants yougoslaves mènent grand bruit à propos de l’aide économique qu’ils ont accordée à l’Albanie. Mais les chiffres de cette aide sont gonflés par les prix élevés fixés par eux en ce qui concerne les produits importés par nous. « L’aide pour l’industrialisation de l’Albanie » consistait dans l’outillage vétusté destiné à la sucrerie Ali Kelmendi à Korcë (il n’a jamais fonctionné parce que déjà jugé « hors d’usage » en Yougoslavie), la fabrique de ficelles très simple, très primitive de Progozhine dont il ne reste plus aucune trace, et du matériel pour la voie ferrée que construisit notre jeunesse héroïque. Si l’on faisait les comptes de ce que les Yougoslaves nous ont donné et de ce qu’ils nous ont pris, qui serait le débiteur ? Et pourquoi les Yougoslaves ne disent-ils pas le moindre mot de la lutte héroïque de nos deux divisions qui contribuèrent à la libération de la Yougoslavie ? [Non seulement l’armée de libération albanaise chassa de tout le territoire national les forces allemandes, mais elle les poursuivit lors de leur retraite dans plusieurs provinces yougoslaves. Ce sont en particulier les forces albanaises qui libérèrent le Kossovë, région essentiellement peuplée d’Albanais. Pourtant, par internationalisme prolétarien, les Albanais remirent ce territoire aux Yougoslaves pour ne pas poser de questions de frontières entre deux États socialistes.] En 1948, les dirigeants yougoslaves nous ont demandé d’autoriser l’entrée en Albanie de quelquesunes de leurs divisions sous prétexte de défendre notre pays contre l’agression des monarcho-fascistes grecs.

En réalité, ils voulaient l’occuper et nous placer devant le fait accompli. 26 Des éléments au service de Belgrade chuchotaient un peu partout qu’il valait mieux annexer l’Albanie à la Yougoslavie et en faire la septième République de cet État. On se mit également à parler de la fédération balkanique. A cette époque, nous avions écrit à la direction yougoslave pour lui demander des éclaircissements sur sa position, mais nous n’avons jamais reçu de réponse. Durant cette période [Celle qui suivit immédiatement la libération du pays.], les dirigeants de Belgrade s’efforcèrent d’isoler notre pays de l’Union soviétique en affirmant que l’Albanie devait passer par l’intermédiaire de la Yougoslavie pour recevoir l’aide de l’Union soviétique et qu’elle devait profiter de son expérience. Ils proclamaient que la pratique yougoslave était adaptée aux conditions de l’Albanie et non la pratique soviétique.

Donc les conseillers soviétiques n’avaient qu’à s’en aller. Surtout après le VIIIe plénum [Le VIIIe plénum du Comité central du parti communiste d’Albanie se tint en février 1948. Il fut organisé par les dirigeants titistes et leur agent Koci Xoxe, afin de légaliser la soumission du parti communiste d’Albanie à la direction du parti yougoslave et la transformation de l’Albanie en une septième République de l’État fédéral yougoslave.] les conseillers yougoslaves se fourrèrent partout, cherchant à freiner le développement de notre économie et à la rendre étroitement dépendante de la Yougoslavie. Les dirigeants de Belgrade s’efforcèrent d’isoler l’Albanie du reste du monde.

En fait, nous n’entretenions de rapports économiques avec aucun pays sauf la Yougoslavie, et un peu avec l’Union soviétique mais de façon très limitée.

Jusqu’en 1948, nous n’avions établi de relations diplomatiques qu’avec l’Union soviétique, la Yougoslavie, la Bulgarie, la Hongrie et la France. La lettre du Comité central du parti communiste de l’Union soviétique [Des lettres du Comité central du parti communiste de l’Union soviétique furent adressées au Comité central du parti communiste de Yougoslavie, le 27 mars, le 4 mai et le 22 mai 1948. Elles critiquaient la conduite révisionniste de la direction yougoslave et conseillaient à celle-ci de corriger les graves erreurs commises. Tous les comités centraux des partis communistes furent informés, un peu plus tard, du contenu de ces lettres.] et la résolution du Bureau d’information de 1948 [En 1948 le Bureau d’information publia une résolution qui constitue une analyse importante de l’ensemble des déviations opportunistes de la direction titiste.] aidèrent notre parti à discerner clairement les visées des dirigeants titistes à l’égard de notre Parti et de notre pays.

Les critiques de principe qui leur furent alors adressées étaient justes.

C’est ce que confirme leur attitude actuelle. Dans les années 1948-1953, nous avons, nous, d’une part, eux, d’autre part, écrit et agi les uns contre les autres.

Il est faux de prétendre que nous avons été les agresseurs durant cette période.

Ce sont eux qui ont engagé la lutte contre notre République par tous les moyens, eux qui ont envoyé sur notre sol des centaines de saboteurs et des groupes armés, sans parler de leur complicité dans la provocation grecque de 1949.

Aucun État ennemi n’a déployé contre notre pays une activité hostile aussi furieuse que celle de Belgrade après 1948. Comme on le sait, la direction de l’Union soviétique prit l’initiative d’améliorer les relations avec la Yougoslavie et n’épargna aucun effort dans ce sens.

Nous avons alors proposé que le Bureau d’information, qui avait prononcé en 1948 l’exclusion de la Yougoslavie, se réunisse avant que ne s’engagent les entretiens de Belgrade. Il lui appartenait de reprendre l’analyse de l’affaire afin de dégager les aspects positifs et les aspects négatifs de l’action des Yougoslaves et du Bureau d’information.

Nous estimons que cette juste méthode aurait empêché les dirigeants yougoslaves de dissimuler leurs fautes, de rejeter toute la responsabilité sur nos pays et de sortir de cette situation avec tous les honneurs.

En fait, ils exploitèrent abusivement l’initiative soviétique.

Ils ne firent pas la moindre autocritique, sous le prétexte qu’ils étaient « marxistes ». Cette autocritique, ils se devaient de la faire et il fallait l’exiger d’eux.

Au contraire, ils tirèrent profit de cette situation nouvelle pour mener des activités de scission et de sape contre les partis et les États de démocratie populaire.

Les légations yougoslaves dans les pays de démocratie populaire devinrent des foyers d’espionnage. Elles se mirent à rassembler les éléments antiparti, opportunistes ou hésitants. Sous le drapeau de la « déstalinisation », elles s’efforcèrent de les déchaîner contre nos partis pour renverser les directions marxistes-léninistes et pour les remplacer par des hommes à eux, pour substituer la ligne titiste à la ligne juste.

Elles collaborèrent aussi avec des ennemis, comme le ministre de l’Intérieur du gouvernement bulgare réactionnaire d’avant la libération. Après les événements de Hongrie, la direction yougoslave montra plus clairement encore son vrai visage.

Notre parti adopta une juste attitude. Il déclara que nous étions prêts à améliorer nos relations sur des bases marxistes-léninistes et non pas sur les anciennes bases antimarxistes : il n’était pas question de revenir au passé. Mais notre position ne fut pas du goût des dirigeants yougoslaves. Ceux-ci cherchaient à recréer la situation de 1948, à obtenir de nous des concessions contraires à nos principes :

1) nous devions déclarer que les Yougoslaves n’avaient commis aucune erreur ;

2) il nous fallait réhabiliter Koci Xoxe et sa clique. C’était nous demander l’impossible, il n’aurait pas été marxiste de le faire. En cédant nous aurions trahi notre Parti et notre patrie. Cependant les dirigeants yougoslaves poursuivirent intensément leur action contre notre Parti et notre État. Faute de pouvoir gagner à leur cause nos dirigeants qui défendent fermement le marxisme léninisme, le Parti et l’indépendance albanaise, ils veulent leur substituer une clique d’aventuristes opportunistes, imposer au P.T.A. « la ligne yougoslave » et faire de l’Albanie la septième République fédérée de l’État yougoslave. Ils ont mené sans cesse une propagande effrénée par la presse et la radio contre notre pays en dépeignant l’Albanie comme un enfer, où règnent la terreur et la pauvreté. La légation yougoslave à Tirana poursuit son travail d’espionnage et de sabotage. Elle s’efforce de rassembler les éléments hostiles à. notre Parti et d’organiser la lutte contre celui-ci.

Au printemps 1956, la direction yougoslave, agissant à travers sa légation à Tirana, regroupa les ennemis du Parti, Dali Ndreu, Liri Gega [Anciens membres du Comité central du P.T.A., recrutés par les agents yougoslaves de Tirana en vue de déclencher une action hostile contre la direction marxiste-léniniste du Parti albanais] et d’autres. Elle prépara un complot pour renverser la direction du Parti et de l’État et lui substituer des ennemis du Parti. Ce furent eux qui passèrent à l’attaque lors de la conférence de Tirana mais le Parti comprit immédiatement le sens de cette agression et prit aussitôt les mesures requises. Le ministre de Yougoslavie à Tirana, Arso Milatovic lui-même, se livre à une propagande active dirigée contre la politique de la république populaire d’Albanie et la situation de notre pays, contre la direction de notre Parti et de notre État.

Il incite des éléments chancelants à des activités hostiles à l’égard de l’État et du Parti.

Il déploie des activités d’espionnage. C’est ainsi qu’il s’est efforcé par diverses pressions d’utiliser à ses fins les sujets yougoslaves établis depuis longtemps en Albanie et avec lesquels il maintient des contacts actifs. Il a tenté de se servir d’éléments hostiles au Parti et au pouvoir populaire, ainsi que de divers individus qui se rendent à la légation yougoslave pour affaires ou même qu’il fait monter dans sa voiture au cours de ses déplacements dans le pays.

Violant les règlements de notre pays sur la circulation des diplomates étrangers, il s’est rendu, sans s’être muni du permis requis, à Vlorë où, abusant de l’hospitalité d’une famille patriote, il a tenté de soutirer des informations de caractère politique et militaire sur la base navale de l’île de Sazan. De même, il s’est rendu à Berat où, malgré les interdictions, il a photographié des ouvrages militaires et cherché à rencontrer Tuk Jakova. Le fait qu’il se trouve en Yougoslavie plus de 3 000 émigrés albanais, dont beaucoup de criminels fascistes, pose une question sérieuse. Compte tenu du déroulement des événements en Hongrie, nous avons lieu de penser que des provocations peuvent être organisées par leur intermédiaire pour servir de prétexte à une attaque contre l’Albanie.

Aux moments les plus tragiques des événements de Hongrie, Vidic, sous-secrétaire d’État yougoslave aux Affaires étrangères, déclara aux attachés de presse de 28 Bulgarie, d’Albanie, de Tchécoslovaquie et à d’autres encore : « Attendez, ce qui s’est produit en Hongrie ne manquera pas de se produire aussi chez vous. » Notre Parti se voit donc contraint d’être très vigilant à l’égard de Belgrade. La direction yougoslave observe une attitude chauvine et inhumaine à l’égard de la population de la Kossovë. [La direction titiste imagina de reprendre une vieille conception réactionnaire datant de l’Empire turc : les nationalités étaient identifiées à la religion. C’est-à-dire que tout musulman était considéré comme turc. Comme les habitants albanais du Kossovë appartenaient à l’islam, le gouvernement de Belgrade passa un accord avec les autorités réactionnaires de Turquie pour déporter dans ce pays les Albanais du Kossovë. Plusieurs dizaines de milliers d’Albanais furent ainsi amenés à leur sol.] La situation dans cette province est lamentable, les titistes y poursuivent une politique d’extermination.

Par dizaines de milliers, les Kossovars se voient forcés d’abandonner leurs terres et leurs foyers pour immigrer en Turquie. C’est là une politique que les monarques même de Serbie n’avaient pas pratiquée. La direction yougoslave met tout en œuvre pour faire du Kossovë une base contre l’Albanie, qu’elle a entrepris d’annexer.

La presse yougoslave, dans le Kossovë, se livre quotidiennement à une sordide campagne de calomnies contre notre parti et notre république populaire, au point de rendre jalouse la voix de l’Amérique. Nous avons toute raison de nous poser la question : pourquoi une telle propagande et particulièrement dans le Kossovë, contre le régime populaire d’Albanie ? Les égouts de la presse yougoslave continueront-ils longtemps à charrier de telles ordures ? Il ne nous est que trop facile de comprendre quels sont les buts des dirigeants titistes. Ils espèrent tromper les Albanais du Kossovë sur la réalité de notre pays.

Mais, même s’il s’en trouve parmi eux qui se laissent duper, notre presse a pour devoir envers l’opinion mondiale d’éclairer ceux qui ont été abusés par cette sale propagande chauvine et fasciste.

Notre parti a toujours observé une attitude juste sur la question du Kossovë, une attitude marxiste, internationaliste.

Mais il est nécessaire de mettre en évidence le comportement chauvin de Belgrade dans le Kossovë. Encore une fois sa politique à l’égard des Albanais de cette région est incompatible avec le marxisme et purement inhumaine. Bref, la direction yougoslave, dans ses rapports avec notre pays a ouvertement rejeté tous les principes marxistes.

Elle a fait la preuve de son chauvinisme en intervenant systématiquement, treize années durant, dans les affaires intérieures de notre parti et de notre État, en vue de réaliser ses plans colonialistes contre notre pays. Ces plans ont échoué grâce à la politique résolue de notre parti.

C’est pour cette raison que la direction yougoslave attaque l’Albanie plus furieusement que les autres pays socialistes.

Mais aussi les dirigeants yougoslaves combattent notre Parti avec une telle âpreté parce que l’existence même de l’Albanie constitue une sorte de preuve matérielle de leur chauvinisme et de leur trahison du marxisme, comme du caractère purement démagogique de leurs affirmations sur la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres peuples, sur l’égalité entre États de taille et de puissance différentes, etc. Et, de même que l’assassin cherche à effacer les traces de son crime, ils veulent supprimer ceux qui pourraient témoigner de leur bassesse. Tout au long de ce rapport est apparue la vraie nature des dirigeants yougoslaves actuels. Ils se tiennent sur des positions antimarxistes, cherchent à réviser le marxisme-léninisme, jouent un rôle de scissionnistes au sein du mouvement communiste international et du camp socialiste. Ils s’immiscent dans les affaires des autres partis pour éliminer leurs dirigeants, saper les partis communistes et ouvriers, et imposer ce qu’ils appellent la « ligne yougoslave ». Les nombreux faits évoqués — y compris leur activité hostile à rencontre de notre pays et leur rôle dans les événements de Hongrie — confirment à quel point sont devenues dangereuses la diffusion de leurs « théories » empoisonnées et l’expansion de leur action néfaste. Très actifs, se glissant partout où ils décèlent les failles, ils cherchent à encourager les éléments révisionnistes en Pologne et à entraîner à l’action les éléments opportunistes du parti communiste d’Italie.

L’activité antimarxiste, scissionniste et hostile des dirigeants yougoslaves va de pair avec l’activité agressive des impérialistes contre le camp socialiste. Elle constitue un grand danger pour tout le mouvement ouvrier. Objectivement, cette activité sert les plans de l’impérialisme : si les dirigeants américains ont donné à la Yougoslavie un milliard deux cent millions de dollars, ce n’est pas par désir d’aider à la construction d’un inonde nouveau.

Mais ils espèrent se servir de la Yougoslavie contre le camp socialiste.

Après 1948, la dégénérescence idéologique de la direction yougoslave a aussitôt commencé.

On a vu croître dans ce pays une génération de cadres qui observent une attitude hostile à l’égard de l’Union soviétique et de notre camp socialiste. Ce serait une lourde erreur que de sous-estimer le mal que peut faire le travail de scission des dirigeants yougoslaves.

Il ne suffit pas de dire qu’ils n’ont pas la force nécessaire pour pousser cette sape très loin. Leur force réside dans le fait qu’ils sont anti-marxistes.

Par conséquent, leurs « théories » et leurs « activités » sont soutenues par tous les éléments opportunistes et incertains, par tous les ennemis du socialisme.

Ils ont sur certains points obtenu des résultats qui, tout en étant passagers, ont gravement nui à la cause du socialisme, notamment en Hongrie.

Quelle attitude devons-nous adopter envers eux ? Nous n’avons aucune raison d’espérer qu’ils opèrent un tournant vers le marxisme-léninisme. Nous sommes absolument convaincus que ce tournant n’aura pas lieu : ces treize dernières années nous ont appris à ne pas croire aux mensonges et à la démagogie. Ceux qui les pratiquent veulent en réalité détruire notre parti révolutionnaire et notre régime populaire.

Les marxistes peuvent se tromper.

Mais quand ils s’aperçoivent de leurs erreurs, ils les rectifient et s’engagent à revenir sur la juste voie. Les actuels dirigeants yougoslaves ne sont pas marxistes du moment que, loin d’opérer le moindre tournant, ils s’engagent encore plus à fond dans leur action contre-révolutionnaire.

Il suffit de lire l’article de Borba consacré au prochain congrès de la Ligue communiste yougoslave pour comprendre que celui-ci capitalisera toute la théorie antimarxiste et révisionniste des titistes sur la fonction d’un parti au pouvoir. La ligne qu’il définira devrait, selon les hommes de Belgrade, être suivie par tous les partis et tous les États socialistes.

Dans la dernière période, les actes de la direction yougoslave n’ont pas montré que nous nous soyons trompés. Bien entendu, si l’avenir, si leurs actions futures prouvaient que nous avons porté des jugements erronés, nous serions prêts, en marxistes que nous sommes, à reconnaître qu’alors nous nous serions trompés. Bref, dans notre attitude envers les dirigeants yougoslaves nous devons suivre les principes marxistes-léninistes, sans consentir aucune concession, sans permettre la moindre violation de ces principes et sans perdre jamais de vue ni les intérêts généraux du mouvement communiste international ni ceux de notre pays. Dans ces conditions, nous ne souhaitons pas avoir avec la Ligue des communistes yougoslaves des relations de parti à parti.

Nous nous efforcerons en revanche de raffermir les sentiments d’amitié sincères qui nous unissent aux peuples yougoslaves. Nous poursuivrons nos tentatives pour normaliser et améliorer les rapports d’État à État entre notre pays et la Yougoslavie, sur la base du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’un autre État.

Nous devons être très vigilants à l’égard des dirigeants yougoslaves et de tous les efforts qu’ils déploient. Loin d’atténuer la lutte contre leurs conceptions révisionnistes, il nous faut la renforcer sans cesse davantage, déchirer le masque idéologique dont ils se couvrent et briser l’élan des éléments anti-marxistes : ceux-ci cherchent à empoisonner nos partis et nos pays avec leurs « théories » étrangères à la pensée révolutionnaire, à nous écarter de la juste voie marxiste-léniniste, à réaliser une scission dans le camp socialiste et le mouvement communiste international.

Il convient donc d’adopter à leur égard une attitude résolue, conforme à nos principes, exempte de la moindre incertitude et de la plus petite illusion : les concessions et le libéralisme ne peuvent que nuire à notre cause. D’une part, nous devons garder notre sang-froid dans nos rapports avec la Yougoslavie et ne pas tomber dans les provocations. D’autre part il nous faut critiquer les dirigeants de Belgrade sur des bases de principe, mener une lutte idéologique et politique contre eux et faire connaître au Parti et au peuple la situation réelle de la Yougoslavie, donc les conséquences catastrophiques qu’entraîne la ligne dite «yougoslave».

Aller à la barre d’outils