INTERVIEW d’un médecin urgentiste au Samu 93 et délégué syndical CGT

 

Avec un nombre d’appels qui augmente et des effectifs qui stagnent, nous sommes dans l’impasse

 

Les agents du Samu de Seine-Saint-Denis sont appelés à la grève lundi 24 décembre, ils dénoncent le manque de personnel. Dimanche, l’Agence régionale de santé a annoncé un déblocage de 2,4 millions d’euros pour les huit Samu franciliens. Malgré cette rallonge financière, l’appel à la grève est maintenu au sein des effectifs de Seine-Saint-Denis. “Avec un nombre d’appels qui augmente et des effectifs qui stagnent, nous sommes dans l’impasse”, a déploré lundi matin sur franceinfo Christophe Prudhomme, médecin urgentiste au Samu 93 et délégué syndical CGT.

franceinfo :

Manquez-vous de médecins pour vous déplacer ou d’opérateurs pour prendre les appels le plus rapidement possible ?

Christophe Prudhomme :

Nous manquons d’opérateurs, que l’on appelle “assistants de régulation médicale”. On nous parle de problèmes de réorganisation, nous nous disons que pour décrocher un téléphone il faut une personne avec deux oreilles, deux mains. Nous demandons des postes supplémentaires depuis des années, l’activité des Samu n’arrête pas d’augmenter. Vos confrères du Point ont d’ailleurs mis en avant des chiffres particulièrement inquiétants il y a quelques mois : 4 500 000 appels non décrochés par an dans les Samu. Avec un nombre d’appels qui augmente et des effectifs qui stagnent, nous sommes dans l’impasse. Et encore, nous ne sommes pas au plus fort de notre activité avec l’épidémie de grippe. Il y a urgence aujourd’hui dans les Samu. Malheureusement nous ne sommes pas assez nombreux pour que la qualité de service soit au rendez-vous, c’est-à-dire qu’il faut pouvoir décrocher tous les appels dans la minute parce qu’on ne sait pas si les gens appellent pour une fièvre à 40 ou un arrêt cardiaque.

franceinfo :

Combien de temps mettez-vous en moyenne pour décrocher ?

Christophe Prudhomme :

Ca peut atteindre 5, 6, 7, 8 minutes. Un jour la semaine dernière, les indicateurs nous apprenaient que 8% des appels avaient été décrochés dans la minute, alors que nous étions un jour de semaine, en matinée. Quand vous appelez au Samu dans une situation de stress en raison d’un événement dramatique proche de vous, attendre au téléphone avec une musique est intolérable. Nous ne sommes pas un centre d’appels classique avec “tapez 1, tapez 2”. Ce sont des urgences, on doit avoir les moyens de décrocher dans la minute.

franceinfo :

Vous n’aviez pas d’autre choix que de vous mettre en grève aujourd’hui, qui est une journée chargée pour le Samu ?

Christophe Prudhomme :

La grève ne change rien, on va répondre et essayer de sauver des vies. Le service minimum est le service normal, la grève c’est un effet d’annonce : on met des banderoles, mais on travaille comme d’habitude.

Nous avons déposé le préavis de grève le 4 décembre et on a appris hier par voie de presse qu’il y aurait des possibilités de négocier et un peu d’argent. Nous avons donc une réunion de négociation ce matin, nous aurions préféré qu’elle se tienne entre le 4 décembre et aujourd’hui. Pour l’instant on nous parle d’une aide exceptionnelle, on va nous verser 300 000 euros, mais l’an prochain on ne les aura pas. Si on arrive à créer des postes, on sera satisfaits.

Nous demandons la création de dix postes d’assistants de régulation médicale supplémentaires. Les employés qui ont des contrats de trois mois renouvelables pendant six ans, pour être payés 1 300 euros par mois, c’est un problème. Ca devient de plus en plus difficile d’avoir des candidats du fait de la dégradation des conditions de travail.

On veut aussi que les gens restent en poste, on a un énorme turn over. Or l’expérience est très importante dans notre métier, ce n’est pas possible que des CDD forment d’autres CDD.

SOURCE : France TV INFO

Repris par le front syndical de classe : http://www.frontsyndical-classe.org/2018/12/interview-d-un-medecin-urgentiste-au-samu-93-et-delegue-syndical-cgt.html

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