La nécessité de la socialisation des moyens de production ! (Par Pole de renaissance communiste en france)

Privatiser, libéraliser… c’est un des leitmotiv des gouvernements de Chirac à Sarkozy, de Jospin à Hollande et c’est désormais la priorité de Macron. C’est qu’il s’agit d’appliquer jusqu’au bout les ordres du grand Capital imposés par son Union Européenne. Macron doit achever les privatisations de Air France, des autoroutes, de France Telecom, de GDF, de EDF, des banques en lançant les privatisations des barrages, de Aéroports de Paris, de la Français des jeux, mais aussi de la SNCF, de la Poste, des dernières routes nationales, des voies navigables de France, des Grands Ports maritimes ainsi que des hopitaux et de l’Education. etc… Quand aux usines, avec la privatisation de la régie Renault, cela fait bien longtemps que les nationalisations menées à la Libération sous la conduite des communistes ont été bradées. Au delà de la défense du patrimoine de la Nation, c’est au contraire de re- nationalisation et de nationalisation qu’il faut pour le pays pour répondre aux besoins des travailleurs.

Avec Thibault jeune militant communiste le blog des JRCF est revenu dans une série de 4 articles très complets sur les raisons pour lesquelles les travailleurs doivent lutter pour la socialisation des moyens de production. Rappelons qu’il s’agit là d’une des principales revendications révolutionnaires, une revendication des travailleurs qui est d’ailleurs fondatrice du mouvement syndicale puisqu’elle figure au cœur de la charte d’Amiens qui est un des actes fondateurs du syndicalisme de lutte en France.

la démocratie en entreprise

Il est utile d’expliquer certains aspects qui rendent nécessaire la socialisation des moyens de production.

Mais qu’est-ce au juste que la socialisation des moyens de production ? Un bref rappel s’impose.

En régime capitaliste, les moyens de production (terres, machines, bâtiments d’usines, bureaux, etc) sont la propriété quasi-exclusive (disons monopolistique) d’une infime minorité d’individus, la classe capitaliste. C’est sur le droit à cette propriété lucrative que se construit l’ossature de la société capitaliste. La socialisation des moyens de production n’est pas la nationalisation, au sens où l’on peut, au sein d’un régime capitaliste, nationaliser certaines entreprises, c’est-à-dire les faire devenir propriété de l’état, comme ce fut un temps le cas pour la quasi totalité des compagnies ferroviaires d’Europe. La nationalisation en régime capitaliste ne remet pas en cause le caractère capitaliste du mode de production dominant, même si elle fait passer dans le domaine public des activités productives parfois très importantes. La socialisation des moyens de production, telle que nous l’envisageons dans le cadre d’un passage au mode de production socialiste, est l’appropriation par l’ensemble de la société de la totalité de tous les grands moyens de production et d’échange. Cela signifie qu’en l’espace de très peu de temps, des pans entiers de l’industrie, des transports, des communications… secteurs autrefois dans le giron des capitalistes, sont “nationalisés”, tous ces moyens de production deviennent la propriété collective de l’état socialiste.

Notre exposé se bornera à expliquer pourquoi la socialisation des moyens de production – qui ne se comprend ici qu’au sens strict de la révolution socialiste-communiste – permettrait de résoudre des problèmes importants dans notre société, problèmes d’ordre démocratique et écologique, même si des questions de bien d’autres ordres pourraient être soulevées.

La démocratie salariale

Qu’est-ce que la démocratie en entreprise ?

On appelle “démocratie en entreprise” un grand nombre de réalités très diverses, dont notre ambition n’est pas ici de faire un tableau complet. Nous commencerons au contraire par une réflexion plus abstraite, en partant des concepts ou notions employés ici.

Qu’appelle-t-on démocratie ? Si nous voulions traiter cette question dans le détail il nous faudrait sans doute des heures de travail, de recherche historique et philosophique pour y parvenir. Fort heureusement notre ambition n’est pas ici de détailler ce qu’est la démocratie dans ses différentes formes historiques, mais simplement de rappeler brièvement qu’elle est par étymologie le pouvoir (kratein) du peuple (demos), le pouvoir exercé non pas par un représentant du peuple ou par un tyran de quelque sorte que ce soit, mais par ce qui est dans d’autres régimes ce sur quoi s’exerce le pouvoir, donc le peuple.

L’entreprise quant à elle se définit ici comme le lieu où se fait la production de valeur économique. Ainsi la démocratie en entreprise consisterait à appliquer les préceptes de la démocratie valant pour l’ensemble de la société – égalité politique, liberté de participation et d’association, entre autres – à cette partie de la société dédiée à une production particulière qu’est l’entreprise.

En théorie, il est tout à fait alléchant de vouloir étendre les principes démocratiques au lieu où le salarié “normal” passe 35 heures de sa semaine. En pratique la société capitaliste entre violemment en contradiction avec la volonté de démocratiser l’entreprise, ce que nous allons voir ici.

Pour notre démonstration nous considérons d’abord le cas d’une hypothétique grande entreprise capitaliste comportant plusieurs centaines, voire milliers de salariés. Si dans la France d’aujourd’hui le gros du salariat n’est pas forcément employé dans de pareilles entreprises, l’ensemble de la société est en revanche dépendant d’elles car elles fournissent aux plus petites entreprises le gros de leurs commandes, elles alimentent le marché de leur production, bref elles sont l’ossature de la forme capitaliste moderne qu’est le capitalisme-impérialisme monopoliste.

Dans l’entreprise capitaliste l’outil de production (la machine-outil, l’usine…) est la propriété d’une infime minorité d’actionnaires et cette propriété fonde le droit de ces capitalistes à dicter la manière dont s’organise la production, chose vraie a fortiori depuis que le capitalisme est devenu actionnarial, c’est-à-dire depuis que les conseils d’administration des grandes entreprises sont de plus en plus soumis aux décisions des actionnaires.

Considérons le cas de la famille Arnault : vers fin décembre 2017, le groupe Arnault possédait 46,84% du capital du groupe de luxe LVMH, et 63,13% des droits de vote au conseil d’administration. C’est la réalité des grandes entreprises qui contrôlent le monde économique et par extension le monde politique. On voit bien que dans ces entreprises la gestion capitaliste réserve à ceux qui sont propriétaires des moyens de production l’apanage exclusif des grandes décisions stratégiques relatives à l’investissement, à la recherche et développement, en bref à tout ce qui concerne la production des biens et services qui font marcher la société. Au sein de ces entreprises le salarié de base, l’ouvrier, le technicien, jusqu’aux cadres de certains niveaux n’ont aucun réel pouvoir de décision. Quelques instances leur permettent d’exprimer des revendications, comme les instances syndicales. Mais ces instances, acquises de haute lutte par le prolétariat sont tout juste tolérées par le grand patronat qui n’hésite pas à recourir au fascisme quand il s’agit de briser des grèves et de casser les salaires.

On voit ici que dans le capitalisme, l’entreprise de grande taille qui domine l’économie – car la taille fait la force dans la concurrence sauvage de l’économie capitaliste – est par nature incompatible avec la démocratie. Le peuple des salariés n’a en principe et de fait aucun droit à participer effectivement à la gestion des grandes questions économiques et techniques qui se posent au collectif. Son droit limité de se battre pour maintenir ou élever son niveau de salaire et améliorer ou sauvegarder ses conditions de travail n’est en rien un droit à posséder l’entreprise ou à la gérer. Il faut comprendre ici cette chose cruciale que c’est la propriété des moyens de production qui confère le pouvoir sur la production elle-même, donc sur celles et ceux qui vendent leur force de travail au sein du processus de production.

Il existe cependant au sein de la société capitaliste quelques tentatives démocratiques en entreprise. Beaucoup ne sont que la poudre aux yeux et servent dans les faits à légitimer par un aspect “citoyen” des pratiques à peu près aussi autocratiques que par le passé, comme le “management participatif”. Pourtant il existe, sous le nom d’autogestion, des formes de réelle démocratisation de l’entreprise. Précisons que notre sujet n’est pas la forme que peut prendre le caractère démocratique de la vie en entreprise, mais simplement la contradiction entre capitalisme et démocratie. Un cas récent est celui d’Ecopla, une société Iséroise leader en Europe de la fabrication de barquettes alimentaires en aluminium. Cette société menacée de rachat par son principal concurrent était passée de mains en mains pendant plusieurs années: la banque Barclay’s, puis un capitaliste sino-australien… Face à la menace de rachat s’était monté un projet de SCOP (Société COopérative et Participative, un type de société anonyme où les salariés sont actionnaires majoritaires et détiennent au moins 65% du droit de vote). Mais la SCOP s’est heurtée à la décision du tribunal de commerce de Grenoble qui a bradé l’entreprise à l’Italien Cüxi pour 1,5 millions d’euros, une peccadille.

Voilà un cas qui illustre à quoi sont tendanciellement condamnées les initiatives autogestionnaires au sein de la société capitaliste : la domination du grand capital rend quasiment impossible la démocratisation interne de l’entreprise. Bien sûr il existe des SCOP qui fonctionnent, mais celles-ci n’échappent ni à la logique marchande du mode de production capitaliste ni à un éventuel rachat par quelque grand groupe monopoliste, car elles sont structurellement trop faibles pour faire face.

Face à cela, quelles perspectives envisager pour la gestion démocratique dans un mode de production socialiste ?

Sous le socialisme le mode de propriété dominant des moyens de production est la propriété étatique. Est-ce à dire qu’un Etat omnipotent impose nécessairement une gestion technocratique de l’entreprise ? Le mode de production socialiste est-il condamné lui aussi à empêcher la réalisation d’une démocratie en entreprise ?

La réponse est non et tient à la nature du mode de production socialiste.

Sous le socialisme les grandes questions économiques sont du ressort de la puissance publique, donc soumises autant que les institutions étatiques le permettent au questionnement du débat démocratique de l’ensemble de la société. Cela signifie que si la volonté générale formulée par le débat réellement démocratique décide des grandes orientations macroéconomiques de la production (par exemple : faut-il privilégier le train ou la voiture ? faut-il produire plus de blé ou plus de maïs ?), elle peut également décider de la manière dont doit s’organiser le procès de production interne à chaque entreprise. Alors est rendue possible, par la rencontre entre la volonté générale et la gestion démocratique une réelle démocratie en entreprise. Il est en effet tout à fait possible, et même à notre sens souhaitable, que la volonté générale décide que la démocratie en entreprise est un bien à rechercher en soi. Ainsi, si les décisions macroéconomiques restent du ressort de l’Etat, la manière dont elles sont mises en oeuvre au sein des entreprises peut être contrôlée pour répondre à des critères de gestion démocratique contrôlés collectivement, au niveau de l’entreprise et de l’ensemble de la société.

L’articulation de la gestion démocratique et de la propriété collective des moyens de production est une question vaste, qu’un article comme celui-ci ne peut prétendre explorer à fond. Nous gageons néanmoins que ce texte a pu montrer d’une part l’incompatibilité entre capitalisme et démocratie en entreprise, d’autre part la possibilité par le passage au socialisme d’une démocratie salariale.

Dans un prochain article, nous verrons en quoi la socialisation des moyens de production permet de penser la démocratie non pas simplement à l’échelle de l’entreprise, mais à l’échelle de la société toute entière.

le temps de la politique

Nous avons vu en quoi la démocratie en entreprise était rendue possible par le mode de production socialiste, contrairement au mode de production capitaliste qui consacre la dictature des intérêts d’une minorité d’actionnaires. Nous allons maintenant raisonner à l’échelle de la société dans son ensemble pour voir en quoi la socialisation des moyens de production rend possible une participation égalitaire des masses à la prise de décision à l’échelle de toute la société.

Le mouvement des gilets jaunes a fait part, à travers sa revendication phare du référendum d’initiative citoyenne (le RIC) d’une plus grande participation des travailleurs à la prise de décision politique, dans l’esprit d’une réelle démocratie. Le PRCF a inclus dans son programme le référendum d’initiative populaire depuis 2012, en articulant cette mesure de démocratisation à un contenu de classe qui est le socle véritable de la démocratie. Rappelons qu’un Etat, tout démocratique qu’il soit, n’est jamais autre chose que la machine par laquelle s’exerce la dictature d’une classe sur l’ensemble de la société. Dans cette perspective la dictature du prolétariat, forme étatique de la révolution socialiste-communiste, est la phase par laquelle est abolie la société de classes elle-même, que le prolétariat est donc la classe universelle qui doit abolir les classes en général. Ce rappel doit nous permettre de voir avant tout l’état actuel des choses, celui de la confiscation de la démocratie par le capital.

Le capital n’est pas une simple accumulation de richesses mais une force sociale qui dispose de ces richesses (en premier lieu les moyens de production) pour imposer sa volonté à tous. Le capital c’est donc avant tout des hommes de chair et d’os qui dictent non seulement ce qu’il faut faire au niveau économique et politique, mais les moyens de se représenter cette domination. Les idées dominantes de toute société de classes sont tendanciellement les idées de sa classe dominante : cette vérité s’observe partout dans le paysage médiatique acquis à la solde du grand capital. C’est ainsi que l’on peut voir à longueur d’ondes les éditorialistes, universitaires et autres idéologues de la bourgeoisie nous vanter les mérites du “libre marché”, de la “concurrence libre et non faussée” et autres fariboles qui font l’objet d’une divinisation permanente.

Cette propagande médiatique, souvent très insidieuse et bien plus subtile que les exemples grossiers cités ici, est extrêmement difficile à contrer pour qui cherche à sortir de la pensée dominante. Présentée avec tous les aspects de la respectabilité académique, de la “scientificité” qui n’est autre que de la pure idéologie, la colonisation des esprits par le grand capital constitue la forme d’un régime de vérité capitaliste, qui ne sert que les intérêts des maîtres de ce monde. Face à cela, le salarié moyen est laissé quasiment désarmé idéologiquement. Alors que les auxilliaires idéologiques du capital (politiciens, économistes, philosophes et autres bourgeois) ne désarment jamais, ils affirment par leur maîtrise d’une culture reconnue le fait qu’ils sont seuls, eux et leurs alliés de classe, capables de prendre les bonnes décisions économiques et politiques. En effet, qui serait assez fou pour confier les rênes du pays à quelqu’un qui n’est même pas capable de dire si René Descartes a vécu avant ou après Sophocle ?

Ce cynisme méprisant est ce qui caractérise la pensée bourgeoise et sa prétention à la domination éternelle. Il s’agit pour le capital de constater et faire constater que l’inéducation des masses est un fait irrémédiable, génétique dirions-nous même. Et de fait, il est vrai que le salarié moyen n’a que très peu la capacité de s’intéresser à ces grands sujets de société, à ces grands penseurs du passé dont pour comprendre les textes il faut faire preuve d’un travail intellectuel que peuvent se permettre ceux qui ne sont pas pressés par les nécessités du quotidien.

De ces nécessités, la première pour l’ouvrier est de se nourrir, de loger, se chauffer, bref tout ce qui a trait à la reproduction immédiate de sa force de travail. Après une longue et pénible journée de travail, sous les ordres de quelque chefaillon tyrannique, qui peut ne pas être tenté de simplement se reposer ? De là naît la misère culturelle, qui désarme la travailleur face aux cléricaux de toutes sortes, qu’ils prêchent pour une chapelle économique, philosophique, historique ou autre. De là le prolétaire est rendu incapable de se battre sur le terrain des idées, contraint d’adopter celles de la classe dominante. De là la démocratie est vidée de son contenu idéal, car les masses exploitées sont privées des moyens culturels qui permettent de formuler des propositions et des revendications politiques appuyées par des conceptions scientifiques.

Bien sûr la situation des masses laborieuses en France n’est plus celle du monde ouvrier des années 1870, alors que le prolétariat vivait dans une misère telle que le dénuement culturel était quasi total du point de vue de la culture dominante. Aujourd’hui nombreux sont les prolétaires qui se cultivent, lisent du Sartre ou du Onfray (pas sûr en revanche que lire Onfray soit un progrès par rapport au fait de ne rien lire du tout, car l’aveuglement idéologique de celui qui croit savoir est par bien des aspects pire que l’ignorance honnête, mais passons).

Les communistes refusent de se résigner à l’ignorance. Les communistes proposent à l’ouvrier des armes intellectuelles qui lui permettent de comprendre sa situation d’exploitation et les moyens d’y mettre fin. Et comme le but présent des communistes est le passage au mode de production socialiste, il nous faut expliquer en quoi le socialisme rend possible une réelle démocratie prolétarienne.

Sous le socialisme, les travailleurs oeuvrent à une répartition du travail et des fruits de la production “de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins”. Cela signifie que le temps de travail et le temps de repos sont partagés de la manière la plus égalitaire qu’il soit possible d’envisager et de réaliser selon les conditions historico-économiques présentes. Ainsi l’URSS prévoyait-elle d’abaisser la durée légale de travail à 35 heures, voire 30 heures par semaine dès 1981. Si la décision ne fut pas appliquée par suite des mauvaises conditions économiques (aussi bien endogènes qu’exogènes, voire pour cela l’excellent livre Le socialisme trahi de Roger Keeran et Thomas Keeny) il est néanmoins éclairant de voir combien le socialisme a permis à des millions de gens de s’émanciper des rythmes infernaux de la course au profit capitaliste.

Dans la perspective d’une réduction collective du temps de travail, ce sont de nouveaux horizons qui s’ouvrent pour la démocratie. Conjuguée à l’ouverture d’une éducation politique de qualité, ouverte à tous et gratuite (comme ce fut le cas en URSS), la libération du temps des travailleurs permet d’envisager que tous s’impliquent dans la gestion des affaires politiques de la société sur un pied d’égalité culturel et matériel.

Bien sûr il reste à construire cette démocratie prolétarienne : une fois les masses parvenues au pouvoir la mise en place et la pérennisation d’une éducation politique socialiste sera un problème des plus cruciaux. Il s’agira alors d’ouvrir l’accès à la culture à tous ceux qui en étaient privés, d’apprendre à tous des techniques de défense intellectuelle : la critique radicale de toute autorité illégitime, la lutte contre les sophismes et les fautes logiques, la traque des philistins qui veulent faire passer une érudition superficielle et un parler éloquent pour une légitimité à commander…

Ce qui importe ici est de voir la chose suivante : par la socialisation de l’économie, la société se donne les moyens de décider pour elle-même, à commencer par sa survie matérielle. Et dans le même mouvement qui égalise les conditions matérielles d’existence, on peut dégager pour les masses un temps immense de formation et de participation politique, on peut mettre fin au caractère faussement représentatif de la démocratie bourgeoise en faisant en sorte que tous aient accès aux moyens de se former pour remplir des hautes responsabilités politiques.

Ce que nous concevons ici sous la forme que d’aucun pourrait taxer de douce rêverie n’en en fait pas si loin d’advenir. Ce même élan démocratique qui existe chez les gilets jaunes et auquel il manque un contenu de classe révolutionnaire (donc une théorie d’avant-garde) est l’élan qui portait les révolutionnaires bolchéviques, qui ont à leur époque eu à composer avec une arriération économique et culturelle, une productivité faible, une industrie embryonnaire, tous héritages du Tsarisme, et sont néanmoins parvenus à construire un Etat par des aspects majeurs bien plus démocratique que la France actuelle; et osons le dire, Staline n’avait rien à envier à ce cher Macron ! Aussi nous faut-il réaffirmer que c’est par l’appropriation collective du pouvoir économique, par le renversement des rapports de production existants, que le temps de l’action des masses pourra se structurer démocratiquement autour d’idées, de valeurs et de théories scientifiques remises au service du progrès humain.

On peut donc imaginer la chose suivante : qu’un temps consacré à l’activité politique (reconnue comme telle) au niveau local, national ou autre figure parmi les devoirs de citoyen de tout membre de la société. Une telle chose existe déjà à l’état embryonnaire par exemple en Belgique où le vote est obligatoire et la dérogation à ce devoir sanctionnée par une amende. Bien sûr le socialisme se devra d’aller (et ira nécessairement!) bien plus loin, non pas dans la contravention mais dans l’ouverture massive des droits et devoirs à la participation politique.

Démocratiser la société en empêchant le chantage capitaliste à la reproduction matérielle

Nous avions évoqué le sujet dans l’article précédent, il s’agit maintenant de détailler un aspect essentiel du mode de production capitaliste, ce qu’il convient d’appeler le chantage à la reproduction matérielle.

Posons innocemment une question que l’historiographie dominante pense avoir résolue pour de bon. Est-on plus libre dans feu le régime politique soviétique ou dans un régime capitaliste avancé ? La réponse semble tout à fait évidente à qui n’interroge pas le discours idéologique qui enserre la société capitaliste dans sa gangue réactionnaire. Ne parlait-on pas à l’époque du “monde libre”, en opposition au monde socialiste ? N’est-il pas évident que l’on est infiniment moins libre sous la dictature du prolétariat qu’en “occident” (sous la dictature… de la bourgeoisie) ?

Mais qu’appelle-t-on liberté ? Que signifie au juste que ce premier mot du triptyque républicain inscrit au fronton de nos mairies ?

Nous considérons les deux définitions suivantes:

– “L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté.” Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social

– “La liberté n’est pas la possibilité de réaliser tous ses caprices; elle est la possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposeront à tous.” Albert Jacquard.

Il est clair que la liberté s’observe dans un processus ayant pour objet la loi, que celle-ci soit loi valant pour la société au sens du droit, accord tacite par lequel existe une norme de comportement, ou précepte de conduite au niveau d’un individu, enfin toute règle visant à instaurer le plus grand bonheur possible à l’échelle de la société.

Comme le dit bien Jacquard, la liberté consiste – en un premier temps – en une participation au processus de décision qui mène à la formulation d’une norme sociale, que ce processus soit formalisé dans le cadre du droit ou informel dans le cadre de l’auto-mouvement éthique de la société – ce dernier étant ce qui conduit aujourd’hui nos sociétés développées à considérer en bien et de manière quasi-incontestable certains acquis historiques , comme le droit au divorce par consentement mutuel, il faut à ce titre souligner que la répercussion dans le domaine du droit formel est un moment nécessaire de cet auto-mouvement éthique puisque le divorce a bien fini par devenir une réalité légale. Cette définition de la liberté comme possibilité de participer à la définition des contraintes qui s’imposent à tous est à mettre en lien avec notre article précédent : cette liberté ne peut être réelle que si la société distribue de la manière la plus égalitaire possible le temps de travail proprement politique, en particulier législatif.

Mais revenons à nos moutons démocratiques : qu’est-ce que la liberté dont se targuent si bien les régimes “libéraux” du camp atlantiste face au terrible péril rouge, bref face à tout ce qui n’est pas “liberté” ? Il est une liberté purement formelle en régime capitaliste: la liberté de ne pas travailler. Les capitalistes ne forcent personne à travailler nous dit-on, le salarié, l’auto-entrepreneur, tous ceux-là qui n’ont que leur force de travail à vendre sont parfaitement libres de ne pas travailler, ils sont donc libres tout court !

Démonter un pareil sophisme exige que l’on en fasse appel à la définition de ce cher Jean-Jacques Rousseau. La liberté est obéissance à la loi que l’on s’est prescrite. Or la loi capitaliste ne dit nulle part, contrairement à la loi soviétique, que le travail salarié est obligatoire.

Seulement voilà, alors que le travailleur soviétique était forcé de travailler “par la force des baïonnettes”, le travailleur de l’ouest était (et est toujours) soumis à une loi objective, non inscrite dans le droit mais bien plus terrible que la loi de la baïonnette: la loi de l’estomac.

Le travailleur en régime capitaliste est formellement libre de ne pas travailler, mais s’il choisit d’utiliser cette liberté, c’est-à-dire d’obéir à cette loi capitaliste, il meurt purement et simplement, car seul le travail salarié lui permet de se remplir l’estomac à plus ou moins longue échéance. Il lui est donc objectivement impossible d’obéir à la loi qu’il pourrait se prescrire de ne pas travailler : selon Rousseau il est bien moins libre que son homologue de l’est. Voilà ce que nous appelons chantage à la reproduction matérielle, l’aiguillon de la faim qui pousse le travailleur dans les bras du capitaliste avec toute la force de la nécessité naturelle.

Face à cela, le travailleur d’URSS est si libre ! D’abord parce qu’on ne le prive pas de la possiblité de penser sa situation objectivement. Le pouvoir ne lui ment pas sur ce point littéralement vital, personne ne lui dit qu’il est “libre” de crever la faim si c’est son bon vouloir. Et de plus il a un travail garanti, inaliénable, formellement et réellement obligatoire. Le travailleur en régime socialiste n’a pas le loisir d’être un parasite social, il n’a pas non plus la perspective terrifiante de faire face au chômage, de tomber dans la misère. Cette liberté réelle, ô combien nécessaire, cette liberté vis-à-vis de l’emploi (qui n’est pas la prétendue liberté vis-à-vis du travail que promettent les capitalistes) est un argument décisif pour la socialisation des moyens de production. Le seul moyen de garantir la pérennité du plein-emploi (comme il a pu exister en France pendant les 30 glorieuses) est de mettre un terme à tous ceux qui bénéficient réellement du chômage, c’est-à-dire tous ceux qui exercent le chantage à la reproduction matérielle, ceux qui exploitent la force de travail des masses, c’est-à-dire le grand capital impérialiste.

Nous rappelons ici une banalité, qui est que la liberté de ne pas travailler n’est qu’un mythe aliénant comme le capitalisme en produit toujours. Combien de fois ne nous est-il pas donné d’observer un décalage quasi-absurde entre la réalité formelle (lorsque le capitaliste nous dit “vous êtes libres” ou lorsque Macron nous dit “vous êtes libres de manifester… sous les gaz, les tirs de flash-ball, en dehors de certains lieux et face à la répression médiatique qui dira que vous êtes mille lorsque vous êtes dix mille”) et la situation objective (le chantage à la reproduction matérielle, les manifestants qui perdent des yeux…).

Cela doit nous amener à considérer deux choses.

D’abord que l’emploi que nous faisons de certains termes ne peut être autre chose que le lieu d’un affrontement de classes sans merci. Le mot liberté est de ceux-là. Il est une indispensable boussole sémiologique pour qui désire le progrès et le bonheur humain, c’est précisément pourquoi il est si nécessaire à ceux qui détruisent les tendances au progrès et au bonheur. Par la perversion du langage débute la perversion de l’esprit.

Ensuite que nous approchons d’un état de crise, que le souffle révolutionnaire est près de balayer à nouveau la poussière des décennies de réaction. Ce décalage entre formel et réel, cette absurdité d’un discours qui veut faire croire à la liberté tout en organisant le massacre socio-économique d’un pays voire l’extermination d’une espèce entière, c’est ô combien symptomatique ! Ce décalage, cette crise de sens radicale, c’est le signe que la contradiction à l’oeuvre au sein du capitalisme Français est prête d’exploser. Reste à voir ce qui sortira de cette explosion.

Réorganiser écologiquement la production: profit et court terme contre société

Nous avons exploré quelques pistes vers la démocratisation de la société par la socialisation des moyens de production. Nous allons maintenant passer au défrichement d’un terrain fertile mais semé d’embûches : la question écologique. Difficile d’échapper au discours de terreur dont on a (chez les JRCF et ailleurs) déjà eu l’occasion de dénoncer les conséquences tendanciellement fascisantes et scientifiquement ineptes. Il importe aujourd’hui d’attaquer l’escrologie sur son propre terrain en démontrant une fois de plus que la révolution est la condition sinéquanone d’une écologie réelle.

Il existe un million de manières possibles de démontrer l’inefficacité économique du capitalisme par rapport à la planification étatique, l’une d’entre elles peut se trouver dans notre récent article sur l’essor des services de location de vélos “flottants”. Ce cas précis démontre parfaitement en quoi le besoin infini de profit, condition économique structurelle du capitalisme mène à l’épuisement de la terre : combien de bicyclettes a-t-on pu construire pour finalement les jeter dans des décharges après quelques mois d’utilisation ? Il reste maintenant à voir en quoi le profit entraîne le court-termisme et que celui-ci épuise la terre et le travailleur.

Lorsque le capitaliste décide de faire entrer un nouveau bien dans sa phase de production en masse il sait qu’il joue gros. L’achat de nouvelles machines, les frais colossaux investis en recherche et développement, la construction d’une stratégie publicitaire… Ce sont là des démarches longues et coûteuses qui engagent de faramineuses sommes d’argent. Bien sûr le capitaliste à la Bernard Arnault sait qu’à titre personnel il ne risque pas grand-chose : même s’il mène son entreprise à un désastre il aura toujours la possibilité de se voir gratifier d’un parachute doré ou de quelque compensation pour ses efforts de “capitaine d’industrie”. Mais les ouvriers seront en première ligne face aux risques de licenciement et, en dernière analyse, la société toute entière paiera au prix fort un investissement raté – voyez combien on a pu dépenser pour sauver les banques en suite à la crise des subprimes, voyez combien d’argent public a pu être reversé à des multinationales vie le CICE et vous aurez la ferme intention de veiller à ce que lesdites banques et entreprises fassent un usage raisonné de cet argent.

Dans nos conditions de “risque” et de concurrence entre détenteurs de capitaux, le prix de l’erreur est à la charge du collectif alors que l’individu capitaliste récolte tous les bénéfices. Rien de bien pointu dans cette analyse, mais il est nécessaire de faire état de ces inégalités de traitement pour comprendre l’état d’esprit capitaliste et le court-termisme auquel il mène.

Puisque le grand patron a très peu de chances de se retrouver un jour au RSA (il est économiquement responsable puisqu’il décide de la production, mais politiquement irresponsable puisque les pires conséquences de ses actions ne l’impacteront jamais autant que l’ouvrier qu’il emploie), puisque son horizon indépassable est l’accumulation sans fin de richesses inutiles et, puisqu’il doit lui aussi se prémunir des moments de récession et de la concurrence impitoyable du marché, le grand patron n’a qu’un objectif en tête : le profit maximal. Le profit est à la fois sa raison d’être et son assurance-vie : parade contre les mauvais jours et moyen de la démesure croissante du luxe obscène, le profit est le court-terme fait valeur.

Pour comprendre le lien direct entre capitalisme et logique de court-terme, il suffit de voir combien sont prégnantes les polémiques sur l’obsolescence anticipée ! Que l’on parle de téléphones programmés pour devenir inefficaces après un certain temps (court) ou de bas en nylon qui s’effilochent trop vite c’est bien un mode de production tout entier qui est mis en cause et non pas de simple défauts de conception ! Les capitalistes ont un intérêt vital à l’accumulation et au profit ; il serait naïf de ne pas mettre cela en rapport avec des biens qui deviennent déficients (donc des biens qui doivent être remplacés) largement avant l’heure – compte tenu de nos capacités actuelles de production qui permettent largement la fabrication de produits plus durables.

Le court-terme n’est pas une simple question d’appréhension du temps par l’homme. Le capitalisme paternaliste qui est mort au sortir de la seconde guerre mondiale a très bien pu passer pour long-termiste tant que le patron, propriétaire de père en fils, voyait l’intérêt à faire grandir son industrie pour laisser un héritage. Aujourd’hui la mobilité totale des capitaux fait s’effondrer cette illusion: le capitaliste ne peut plus s’attacher à “son” industrie car l’ouverture de nouveaux marchés et la possibilité (la nécessité même) d’y investir rapidement et beaucoup (voyez la frénésie autour des vélos flottants) fait de lui une puissance infiniment volatile.

Si la question du court-terme résidait dans la bonne volonté des capitalistes à appréhender le long-terme, la question serait résolue ! A l’échelle individuelle on voit en effet combien le capitaliste se grise de sa toute-puissance, au point de vouloir défier le temps. C’est ce que démontre très précisément la montée de l’idéologie transhumaniste sous l’impulsion des Elon Musk et autres techno-gourous qui pensent toucher du doigt la possibilité de devenir éternels…

L’appréhension capitaliste du temps n’est pas ce rêve fou d’immortalité, elle est le produit des conditions de vie objectives du capitaliste. Elle s’accélère lorsqu’un marché s’ouvre, se ralentit quand le profit est en berne et surtout elle s’impose à tous, capitalistes ou non. Ainsi lorsque le profit baisse, lorsque l’austérité point, c’est toute la société qui se met à l’heure d’hiver et doit compter sur le fait d’avoir un bon bas de laine. Et quand la tendance est à la hausse on veut accélérer le temps, comme pour faire entrer le plus de profit dans la moindre seconde d’activité, puis vient la crise et le temps se contracte à nouveau. Le temps capitaliste est, tout comme son économie, irrémédiablement cyclique.

Dans ces conditions comment penser le progrès ? Comment ne pas céder au mythe de l’éternel retour ? La réponse est dans le substrat de la question : il faut tuer le capital et se réapproprier la production qui structure en partie notre perception du temps historique.

Puisqu’il n’y a de temps qu’en perception – ce qui préexiste au temps indépendamment de toute perception n’étant que le mouvement – il faut dire que le long-terme ne se trouve que dans les conditions d’existence humaine qui le permettent. Le long-terme ne peut être que l’œuvre vivante des masses si les masses sont amenées par une démocratie populaire à réfléchir en commun aux grandes questions relatives à la production de leurs conditions d’existence. Seule la démocratie socialiste donne la perspective de transformer concrètement la production par la voie démocratique, elle seule satisfait la condition nécessaire d’une planification écologique.

Plus grand-monde aujourd’hui n’ose remettre en cause l’urgence écologique qui s’impose à nous. Moins nombreux sont ceux qui voient objectivement le socialisme comme la seule réponse principielle possible. Ceux-là doivent voire la chose suivante: que les masses conscientes d’elles-mêmes portent en elles la filiation et l’avenir de tout un pays et en dernière analyse de l’humanité même. Il n’existe pas de logique de long-terme sans conscience élevée de l’avenir de l’humanité, conscience qui n’est à aucun titre celle qu’imposent les capitalistes dans leur aveuglement égoïste. Seules les masses peuvent faire l’écologie réelle, car elles seules peuvent faire la révolution !

par Thibaud (JRCF)

Par Pole de renaissance communiste en france : Lien

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