L’europe de la défense une avancée de plus pour l’euro-imperialisme

Le 6 novembre dernier, Emmanuel Macron a présenté la feuille de route pour son projet d’« armée européenne ». Derrière ce vocable se cache en fait la mise en place d’une structure nouvelle pour l’euro-impérialisme : l’Initiative européenne d’intervention (IEI).

 

Les fondements impérialistes de l’Europe de la Défense : petit détour historique

 

L’idée d’une Europe de la Défense présentée comme aboutissement d’une « union sans cesse plus étroite » entre les membres de l’UE n’est pas une initiative récente sortie de l’esprit « disruptif » d’Emmanuel Macron. Elle est même à la base de la construction européenne. Contrairement à ce qui est souvent avancé, la genèse de l’Union européenne n’est pas commerciale, même si ce volet est d’une importance Capital(e) dans la dissolution des État-nations au sein de l’UE. En effet, dès 1948, dans la foulée du plan Marshall et de la polarisation du bloc Ouest, le traité de Bruxelles fondait l’Union occidentale ; une alliance défensive entre les pays d’Europe occidentale contre la « menace soviétique ».

Ce sont les Accords de Paris en 1954 qui fondèrent les premiers jalons institutionnels d’une politique de sécurité et de défense en Europe ; elle est composée d’Etats membres de l’OTAN et de la Communauté économique européenne (CEE). Ces premiers jalons sont en réalité en-dessous du projet initial de Communauté européenne de défense (CED) encouragé par les Américains notamment afin de relancer le réarmement de la RFA, et ce en violation des accords de Potsdam de 1945. Afin de ne pas violer frontalement ce dernier accord, un pis-aller fut convenu entre Robert Schumann et les Américains. Le réarmement allemand se ferait ainsi de manière détournée dans le cadre d’une organisation supranationale : la CED, pendant défensif de la Communauté économique du charbon et de l’acier (CECA) annoncée par le même Robert Schumann en 1950. L’opposition des communistes et des gaullistes finit néanmoins par avoir raison de la CED lors du vote à l’Assemblée nationale en août 1954. Mais ce que les représentants de la Nation rejetèrent par la porte en 1954 revint par la fenêtre l’année suivante par les Accords de Paris. C’est selon une démarche désormais habituelle à la « construction » européenne – court-circuiter l’expression de la souveraineté des nations (référendum, Parlement) lorsqu’elle vote mal – que les Accords de Paris permirent, en dépit du non français, de relancer le réarmement de l’Allemagne de l’Ouest au sein d’une Union de l’Europe occidentale (UEO) intégrée à l’OTAN. Là encore, les partisans de la défense européenne invoquaient la menace soviétique. Néanmoins, les oppositions du camp communiste et gaulliste firent abandonner provisoirement aux européistes l’idée d’une unification militaire.

 

La ratification de l’Acte Unique européen (1987) destiné à faire des communautés européennes non plus des organisations internationales de coopération, mais véritablement des organisations d’intégration vers une fédération européenne où la souveraineté des peuples pourrait être définitivement muselée, fut l’occasion de réactiver le projet de la CED. Toutefois en le limitant dans un premier temps à la politique étrangère : la Coopération politique européenne. Celle-ci servit de base à l’institutionnalisation d’une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) qui constitue le second pilier de l’Union européenne depuis le traité de Maastricht de 1992 (aux côtés de la Communauté économique européenne et la coopération judiciaire et policière en matière pénale).

La politique européenne de sécurité et de défense qui constitue le volet défensif de la PESC est définie par les missions de Petersberg. Celles-ci furent préalablement définies dans le cadre de l’organisation transatlantique. Ces missions de « maintien de la paix » forment en réalité une sorte de délégation de l’OTAN vers l’UE en cette matière.

 

Un euro-impérialisme en marche vers la guerre !

 

 

Ainsi, les militants franchement communistes ne peuvent se laisser berner par la prétendue autonomie de l’armée européenne vis-à-vis des Etats-Unis et de l’OTAN. Malgré cette déformation médiatique induite par les formulations volontairement confuses de Macron qui prétendait vouloir « nous protéger à l’égard de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique » (disait-il sur les ondes d’Europe 1), nous savons qu’il s’agit en réalité du contraire comme l’atteste l’entrevue du président Macron avec le chef d’État américain : « je vais aussi partager avec le président Trump les propositions faites sur les capacités stratégiques européennes et une Europe qui puisse prendre davantage la part du fardeau commun au sein de l’Otan ». Et pour cause, l’IEI n’a d’autre but que d’intégrer davantage les armées européennes sur le plan stratégique en permettant la planification d’opérations militaires communes entre pays membres de l’UE, mais aussi avec des pays hors de l’Union. Le Royaume-Uni pourrait donc être intégré en dépit du Brexit.

Dès lors comment croire une seconde que cette intégration n’a d’autre finalité que le renforcement de l’OTAN. Comme l’a montré le précédent détour historique, l’intégration des politiques de défense entre les Etats membres de l’Union européenne suit une direction constante : renforcer les capacités militaires de l’Allemagne et l’alliance militaire impérialiste transatlantique à la solde des États-Unis. Et dans cette déconstruction des armées nationales, il s’agit en particulier de viser la France pour sa force de dissuasion nucléaire et son siège au Conseil de sécurité de l’ONU afin de les mettre, sous couvert d’intégration européenne, à disposition de l’impérialisme allemand résurgent et de l’impérialisme yankee.

Cette IEI est alarmante pour les progressistes et les pacifistes. À l’heure où l’impérialisme euro-atlantique pousse sans cesse à une course aux armements dirigée en particulier contre la Russie et dont l’issue ne pourra être que fatale aux peuples du continent. À l’heure où les mobilisations sociales et citoyennes des gilets jaunes sont réprimées avec une violence sidérante dans notre pays, les JRCF et le PRCF appellent donc tous les progressistes à refuser cette Initiative européenne d’intervention qui menace la paix et qui vise à empêcher l’idée même d’une République française souveraine, démocratique et sociale.

 

Vive l’internationalisme et la paix entre peuples souverains ! À bas l’impérialisme !

Aller à la barre d’outils