Sortir de l’anticommunisme-le massacre des communistes indonesiens en 1965 (Jeune pour une renaissance communiste en France)

On parle beaucoup comme vous le savez des crimes du communisme avec les fameux Goulag ou l’Holodomor, mais bizarrement on reste muet sur toutes les famines, destruction et massacres bien réel orchestré par le capitalisme. 

L’un des pires exemples de massacre orchestré par les tenants du grand capital, c’est sans aucun doute le massacre (appelé aussi génocide) des communistes indonésiens en 1965. Un massacre qui a eu pour résultat, en plus de la perte nombreuse de vie humaine de personnes vrais ou supposées communistes, la baisse du niveau de vie des indonésiens, une peur chez les salariés n’osant plus revendiqués sans risquer la mort, une mainmise de l’étranger sur l’industrie du pays et un enrichissement du putschiste Soeharto. 

Vous trouverez un article de la rédaction d’Initiative communiste sur les 50 ans du massacre, puis un article d’une journaliste indonésienne revenant un peu sur les faits afin de démonter la propagande (toujours vivante) anticommuniste sur cet événement. Enfin, nos camarades indonésiens sont revenu sur le massacre dans une vidéo prise lors d’un meeting à notre stand de la Fête de l’Huma.

Indonésie 30/09/1965 un génocide occulté, le génocide des communistes indonésiens

  • 1965 /2015 : il y a 50 ans le génocide des communistes en Indonésie
  • L’un des pires massacres de masse du XXe siècle
  • N’oublions pas ! Rendons justice aux victimes !

Septembre 1965. Cette date ne vous dit sans doute rien. C’était un jeudi. Un jeudi noir ou commença, en Indonésie, un des plus grands massacres de masse du XXe siècle. De 1 à 3 millions de personnes exécutées. Sans compter les emprisonnés par millions, les déportés, les torturés et les viols de masse ainsi que tous ceux qui, jusqu’à maintenant encore, seront privés de leurs droits.

Qui, ici en France, en a entendu parler ? Quels médias en parlent ? Personne.

Pourtant, au mois d’octobre 1965 la presse occidentale – presse dite « libre » en parle. Jugez plutôt :

« Indonésie : de l’Espoir, là où il n’y en avait plus » US News & World Report

Harold Holt premier ministre australien. « avec 500 000 à 1 million de communistes au tapis… je pense que l’on peut sans se tromper affirmer qu’une réorientation a eu lieu » New York Time

« La meilleure nouvelle pour le camp occidental depuis des années en Asie ». Times Magasine : 

ce massacre dont on ne parle jamais en France c’est le massacre de 1 à 3 millions de communistes ou supposés tels en Indonésie à l’automne 1965, et ce avec l’assentiment et le soutien de l’Occident capitaliste.

Le PKI 3e parti communiste du monde en 1965

Dans les années 1960, l’Indonésie de SUKARNO, après avoir été le pays chef de file des non-alignés (organisateur de la conférence de Bandung), se rapproche du bloc socialiste.
Le parti communiste indonésien (PKI) est alors le troisième plus grand parti communiste du monde, dirigé par DN Aidit Fort de plusieurs millions d’adhérents et sympathisants auprès de ses organisations de jeunesses (Pemuda Rakyat) ou féministes (Gerwani) , et de syndicat, il participe directement au combat pour l’indépendance du pays, le PKI est alors l’une des principale force de la république d’Indonésie dirigée par Soekarno.

En janvier 1964, le PKI commence à procéder à la confiscation des entreprises britanniques en Indonésie, après avoir rejoint le gouvernement dès 1962.Face à la menace des forces de la réaction (organisations religieuses musulmane et d’une partie de l’armée) et alors que l’Indonésie est en guerre avec la Malaysie soutenue par l’Occident, le PKI réclame que le peuple soit armé

Indonésie : 1965 – 2015 Souvenons-nous ! Il y a 50 ans un génocide anticommuniste

# 1960 : Le camp de l’Ouest subit, à ce moment-là, défaites sur défaites. Au Vietnam l’armée américaine s’enlise, écrasant les Vietnamiens sous des tonnes de napalm et d’agent orange

# Pour préserver ses profits, comme toujours le capitalisme se lance dans l’escalade exterministe du fascisme : en Indonésie, ce sera le génocide anticommuniste point de départ de 40 ans de la dictature de Suharto et du régime fasciste de l’Ordre Nouveau

Les faits historiques :

  • février 1958, tentative de coups d’état forces pro-américaine de l’armée et la droite depuis Sumatra et les Sulawesi démarrant immédiatement des milliers d’arrestations de communistes dans les zones qu’il contrôle.
  • 1959, l’armée tente d’interdire le congrès du PKI, sans succès, le président Sukarno y prononçant un discours. En 1960, il lance la politique dite de NASAKOM (nationalisme, religion et communisme). Le PKI devient l’une des composantes du front gouvernemental sans abandonner sa ligne critique
  • 1965 Contexte de Konfrontasi : le PKI demande à armer le peuple, ce qui est rejeté par une partie de l’armée. L’armée de l’air proche du PKI commence à entrainer 2000 membres du PKI sur la base aérienne d’Halim à Jakarta.
  • Nuit du 30 septembre 1965, un curieux mouvement dit du 30 septembre tente un coup d’état prétend contrecarrer la confiscation d’un « comité de généraux » et rétablir le pouvoir de Soekarno. Une partie du haut commandement de l’armée est exécutée (6 généraux) dans la nuit du 30 septembre.
  • Sukarno est conduit en fin de nuit par la garde présidentielle a à la base aérienne d’Halim, base de l’armée de l’air réputée proche du PKI. Soekarno déclare prendre personnellement le contrôle de l’armée et nomme un proche le général Yani, Chef d’état-major.
  • Aidit président du PKI y est également amené par les conjurés au prétexte qu’il est menacé par un complot de la CIA. Aidit réaffirme alors son soutien à Sukarno. Dès le 1er octobre, Aidit rejoint Jogjakarta (centre est du pays) où il participe à désamorcer le coup d’état. Dans la nuit du 1er au 2 octobre, le principal quotidien du PKI condamne fermement toute tentative de coup d’état.

Le coup d’état d’un général pro américain, Soeharto:

  • Dans la nuit du 30, le général SOEHARTO en charge de la force de réserve stratégique de l’armée de terre(réputée proche des Etats-Unis, ces derniers ayant participé avec la Grande Bretagne à la formation et l’équipement de l’armée de terre violemment anti-communiste) singulièrement laissé à l’écart de la purge visant la tête de l’armée, prend le contrôle des forces armées. Et ce d’autant plus facilement, que le 5 octobre doit se tenir à Jakarta la journée des forces armées, et que donc l’ensemble des Divisions des forces armées sont représentées à Jakarta par un bataillon.
  • Dès le 3 octobre, l’armée lance une violente campagne anti-communiste, attribuant malgré les évidences la responsabilité du coup d’état au PKI. Le 5/10 la chasse aux communistes commence à Jakarta, alors que ce même jour le comité central du PKI réaffirme son soutien à Soekarno et que le mouvement du 30 septembre est une affaire intérieure à l’armée. Le 6 octobre, à la sortie du premier conseil des ministres après les événements, les ministres communistes sont arrêtés. Le 13 octobre, l’organisation islamique Ansor lance à travers Java des manifestations anti PKI. L’armée, appuyée par des bandes de brigands et des milices islamiques démarre le massacre méthodique des communistes et de ceux suspectés de les soutenir, malgré les ordres donnés par Sukarno pour stopper les massacres et dénier la responsabilité du PKI. Le génocide erra entre 1 et 3 millions de morts, des millions de prisonniers et déportés.
  • Viols, massacres, tortures, les communistes sont méthodiquement exterminés, alors que désarmé, s’ils ne peuvent que rarement se défendre. Le président du PKI est tué le 22 novembre
  • Ceux qui survivent à la détention et sont libérés restent fichés comme prisonniers politiques (Tapol), privés à vie de leur droit. Le nombre de tués est si élevé que certaines rivières déversent pendant des jours entiers les milliers de corps qui y ont été jetés.
  • Sous prétexte de la crise, Suharto prend les pleins pouvoir puis écarte Sukarno qui est placé en résidence surveillée en 1967
  • La mise en coupe réglée du pays peut démarrer.

Indonésie : derrière le coup d’état et les massacre, le camp capitaliste ! 1965 -2015 souvenons-nous !

Derrière le coup d’état, le camp capitaliste

# Les USA fournissent des listes de communistes et des équipements militaires

# La Suède fournira, en décembre 1965, pour plus d’une dizaine de millions de dollars des armes et des munitions pour exterminer les communistes indonésiens

Un coup d’état occidental :

Les listes de communistes établies par l’ambassade américaine sont transmises à l’armée. Les USA notamment, soutiennent alors l’armée dans ses massacres par la fourniture d’armes et d’équipements de communication ainsi qu’un soutien financier.

Selon des révélations du Washington Post de 1990, les autorités américaines suivent méthodiquement les exécutions

En 1966, l’ambassadeur US à Jakarta a rassuré Suharto que « les États-Unis voient plutôt d’un bon œil et admirent ce que l’armée est en train de faire » .

soeharto et les présidents américains
soeharto et les présidents américains

L’ambassadeur britannique, Sir Andrew Gilchrist, a rapporté au Ministère des Affaires Etrangères britanniques : « Je n’ai jamais caché que je pense que quelques pelotons d’exécution en Indonésie seraient un préliminaire indispensable à tout changement réel. »

Ou encore toujours en 1966 M Stewart ministre britannique des affaires étrangères louant « la politique économique raisonnable » de Soeharto.

Ne nous trompons pas, ce massacre génocidaire, cet holocauste des communistes et plus largement la répression de toutes forces progressistes doivent être considérés comme le vrai visage de ce qu’est le capitalisme. Nous avons vu le soutien sans faille apporté par les puissances occidentales, ces puissances dites du monde libre trépignant de joie devant un massacre qu’elles appuient. Le régime de Soeharto, les massacres, la répression sont directement l’enfant du capitalisme. Face à une Indonésie fermant de plus ses portes au capitalisme, une classe des travailleurs contestant sérieusement l’oligarchie et les impérialismes capitalistes, les forces capitalistes ont agi comme elles agissent toujours dans ces cas-là.

Dès novembre 1967 d’ailleurs, les pays occidentaux récoltent les fruits juteux du régime qu’ils viennent de contribuer à installer. Ce pays extrêmement riche en ressources naturelles est mis en coupe réglée lors d’une conférence à Genève. General Motors, Imperial Chemical Industries, British Leyland, British-American Tobacco, American Express, Siemens, Goodyear, the International Paper Corporation, US Steel… sont représentées. Il faut dire que l’Indonésie offre désormais outre ses ressources, une main d’œuvre taillable à merci puisque privée de tous moyens de contestation par une répression féroce. Dès le coup d’état une loi est votée dispensant pendant 5 ans les entreprises bénéficiaires de ce pillage organisé de tous impôts. L’économie du pays est directement mise dans les mains des Chicago Boys, à travers le FMI et à la Banque Mondiale et son Inter-Gouvernemental Group on Indonesia (IGGI), dont les principaux membres étaient les Etats-Unis, le Canada, l’Europe et l’Australie. Un décret interdit le communisme. Et cela fait des décennies qu‘écrire les simples mots « classe ouvrière » peut conduire à 12 ans de prison pour « propagande communiste ».
La classe capitaliste occidentale a su d’ailleurs défendre avec constance la dictature de l’Ordre Nouveau, telle un de ses portes paroles les plus émérites Margaret Thatcher déclarant au sujet de Soeharto :

« Un de nos tous meilleurs amis et de la plus grande valeur » Margaret Thatcher

Quelques années plus tard, le Chili d’Allende connaîtra lui aussi une intervention semblable. N. Klein dans son livre Thérapie du Choc a d’ailleurs fort bien documenté les similitudes de ces interventions des impérialismes occidentaux, ou la violence et l’institution de régimes fascistes participent directement à l’écrasement total et complet pour des décennies des forces progressistes pouvant s’opposer au vol des richesses des travailleurs par l’oligarchie capitaliste.

Derrière l’anticommunisme, toujours le fascisme et l’exterminisme capitaliste #Indonésie #Génocide #30 sept.1965

La propagande célèbre le génocide

# En France, la censure est totale

# Les victimes n’ont toujours pas été réellement reconnues ni réhabilitées, les criminels n’ont pas été jugés

# Les archives des pays occidentaux impliqués ne sont pas ouvertes

La propagande célèbre le génocide

La chape de plomb de la dictature de SOEHARTOl’Ordre Nouveau, s’abat sur l’Indonésie. L’histoire des événements d’octobre est réécrite pour justifier le massacre des communistes, et une chasse aux forces progressistes qui ne cessera pas durant les 30 ans de pouvoirs de Soeharto. A partir des années 1980, tous les ans un film de propagande est projeté à tous les enfants dans les écoles, à la télévision, bourrage de crâne attribuant la responsabilité du coup d’état aux communistes et les accusant d’avoir commis les pires horreurs et d’instiller ainsi profondément l’anticommunisme dans les esprits (Dokumentasi Gerakan G30S PKI).

Les victimes des massacres n’ont toujours pas été réhabilitées.

Avec la crise des pays asiatiques, le pouvoir de Soeharto tombe en 1998. Il quitte le pouvoir après s’être considérablement enrichi. Il ne sera jamais jugé. Le pouvoir qui lui succède, ne reconnaît toujours pas les massacres. Si une commission d’enquête a été constituée, elle est suspendue par la cour suprême, les forces du régime de Soeharto continuant à tenir une place prééminente au pouvoir. Aucun des crimes de cette époque ni des crimes commis durant la période de l’Ordre Nouveau n’ont été punis. Pire, la célébration de ces massacres n’a pas cessé. Les forces réactionnaires – islamistes et militaires – continuent à peser de tout leur poids pour continuer la répression anticommuniste.

Les documentaires de J Oppenheimer « The Act of Killing » et « the look of silence » montrent cela d’une façon particulièrement implacable. Encensé par la critique, ces documentaires ont reçu de nombreux prix. Ils n’ont été ou ne sont pourtant diffusés sen France que dans quelques salles d’art et essai. Pluralisme et liberté d’expression, défense des droits de l’homme sont, il est vrai, des valeurs essentielles de nos « démocraties » capitalistes…

Derrière l’anticommunisme, toujours le fascisme et l’exterminisme capitaliste

Au-delà de l’horreur et de l’ampleur de ces massacres et de la répression continue qui s’est poursuivie jusqu’à nos jours, au-delà de la revendication que nous devons tous avoir que justice soit rendue à ces innombrables victimes, que la répressions cesse, alors qu’un anticommunisme toujours aussi féroce instillant comme en Indonésie dans les esprits que communisme = totalitarisme et que capitalisme = droit de l’homme, en ces jours anniversaires de ces horribles événements – qui n’en doutons pas ne donneront lieu à aucune commémoration d’aucune sorte dans nos médias « libres » généreusement financés par des mécènes tels que Bolloré, Dassault Lagardère et autre Bouygues autre que les articles pour protéger un ressortissant français convaincu de trafic de drogue – la mémoire de ces dernières décennies tragiques en Indonésie fait éclater auprès de chaque citoyen le mensonge de ce raccourci, et voler en éclat le terrorisme de la pensée posant le camps de l’ouest comme celui de la liberté alors que celui de l’est serait celui des 100 millions de morts.

Le Capitalisme, rien qu’au XXe siècle c’est plusieurs victimes partout dans le monde

Oui le capitalisme rien que dans la seconde moitié du 20e siècle, c’est plusieurs génocides et boucheries sur boucheries. Brecht disait « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde ». 20 ans après le procès de Nuremberg, tout en écrasant le Vietnam sous une pluie de napalm, le capitalisme récidive en Indonésie, soutient le génocide cambodgien de son protégé Pol Pot, écrase l’Amérique latine sous ses escadrons de la mort, alimente les génocides africains de la région des grands lacs….

Si les idées dominantes sont celles de la classe dominante, l’histoire dominante est également celle de la classe dominante. Au moment où le capitalisme remondialisé est à nouveau secoué par une de ses violentes crises systémiques, à l’heure où les peuples sont à la recherche d’alternatives sachons nous souvenir que le capitalisme conduit implacablement au fascisme et à la barbarie.

Ces dernières années, 15 ans après la chute de Soeharto, des syndicats réémergent en Indonésie, organisant la classe ouvrière et conduisant régulièrement des grèves parfois considérablement suivies notamment dans l’industrie.

Camarades indonésiens, nous ne vous oublions pas, nous poursuivons le combat !

Indonésie : les preuves du génocide anticommuniste issues des archives impliquent les États-Unis

Par Devina Heriyanto – Le 20 octobre 2017 – Source The Jakarta Post

Des dizaines d’années ont passé et les Indonésiens sont désireux de débattre de ce qui s’est exactement passé la nuit fatidique du 30 septembre 1965 et pendant les mois de purge qui ont suivi. L’an dernier, une tentative de réconciliation a été entreprise par la Commission nationale des droits de l’homme (Komnas HAM) lors d’un congrès de deux jours intitulé « Disséquer la tragédie de 1965, l’approche historique », qui n’a cependant apporté aucun résultat significatif.

Les Archives de la sécurité nationale américaine ont rendu publics des documents déclassifiés concernant les événements, et ceux-ci ont été publiés le 18 octobre par l’Université George Washington. Les documents étaient tirés des 30 000 pages concernant l’ambassade américaine à Jakarta entre 1964 et 1968, d’autres encore devraient être publiés en 2018.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Arrmanatha Nasir, a dit à la presse que les documents devaient être vérifiés. De son côté, l’historien Asvi Waeman Adam, de l’Institut indonésien des Sciences (LIPI), a déclaré que la déclassification des dossiers étasuniens pourraient amener le gouvernement indonésien à accorder une plus grande attention au massacre de 1965, qui reste un sujet sensible.

Les documents révèlent, entre autres choses, que les États-Unis étaient au courant des massacres, qui ont commencé en octobre 1965 et ont entraîné la mort de 100 000 présumés membres et sympathisants du Parti communiste indonésien (PKI) à la mi-décembre de la même année. Les renseignements comprennent des informations sur le rôle-clé de l’armée et de partis et organisations religieux dans la purge, ainsi que des éléments sur qui était effectivement derrière le mouvement du 30 septembre, apportant un éclairage sur l’implication chinoise.

Que s’est-il passé le 30 septembre 1965 ?

La version généralement admise est que le 30 septembre 1965, six généraux de l’armée ont été enlevés, assassinés et enterrés à Lubang Buaya, à Jakarta. Le PKI a été accusé de la tentative manquée de coup d’État, d’où le terme de G30S/PKI [dans les documents]. Un bataillon des opérations spéciales de l’Armée a rapidement pris le contrôle et capturé les dirigeants du PKI. Il s’en est suivi le meurtre systématique de membres et de sympathisants du PCI dans tout le pays depuis la fin 1965 jusqu’en 1966.

Le PKI a été dissout et le communisme et le marxisme-léninisme, en tant qu’idéologie, ont été interdits.

Avant 1965, les relations entre les Forces armées indonésiennes, en particulier leur armée, avec le PKI étaient tendues. Trois ans après l’indépendance indonésienne, une révolte a été organisée par le PCI avec le Front démocratique du peuple (FDR) à Madium, Java centre, révolte matée par l’armée. Lorsque, plus tard, le PKI s’est concentré sur sa bataille électorale, il est devenu le rival de l’armée en tant qu’institution de masse et en gagnant grâce à une meilleure organisation politique, du moins au niveau des masses populaires, selon le chercheur Adam Schwarz. Peu avant le 30 septembre 1965, le PKI a tenté d’armer les civils pour former une Cinquième Force (Angkatan Kelima), menaçant de fait le monopole de l’armée dans ce domaine.

Pourquoi les États-Unis s’intéressaient-ils au mouvement communiste en Indonésie ?

À l’époque, les États-Unis étaient pris dans la guerre froide, une guerre idéologique tendue avec leur puissance rivale, l’URSS communiste. Tous deux étaient des puissances nucléaires ce qui renforçait la menace d’une guerre atomique dévastatrice si un conflit éclatait.

La guerre froide a eu une influence considérable sur la politique étrangère des États-Unis, qui visait à maintenir leur sphère d’influence libre du communisme. Une doctrine importante était celle de Truman, avec sa théorie des dominos et sa politique d’endiguement. La théorie des dominos signifiait que si un pays tombait dans le camp du communisme, d’autres pays dans la région suivraient. Par conséquent, un pays penchant à gauche devait être sécurisé afin que le danger soit contenu, d’où la politique d’endiguement.

En 1965, les États-Unis et l’Union soviétique menaient également une guerre par procuration au Vietnam, qui s’est heurtée à la forte opposition des universitaires et de la jeune génération. Une lettre déclassifiée, datée du 5 août, de l’ancien  ministre des Finances Sjafruddin Prawiranegara à l’ancien administrateur de USAID Edwin Fox révèle la vieille conviction que les États-Unis étaient en train de gagner et « suivent la seule voie qui mène (…) à l’endiguement nécessaire du communisme agressif ». Sjafruddin justifiait la guerre en argumentant qu’elle était une auto-défense nécessaire contre un communisme agressif et athée.

L’Indonésie était particulièrement importante car le PKI était le troisième plus grand parti communiste dans le monde après ceux d’Union soviétique et de la Chine, faisant courir le risque que toute l’Asie du Sud-Est plonge plus avant dans le communisme. Le président Sukarno, à cette époque, menait une guerre contre l’impérialisme occidental, qu’il appelait Nekolim, ce qui suscitait des sentiments assez hostiles à l’égard des États-Unis. Un aérogramme daté du 21 décembre 1965 de l’ambassade américaine à Jakarta note un « changement d’atmosphère », « une cordialité de plus en plus grande » et « un changement impressionnant » après le mouvement du 30 septembre. Commentant la prise de contrôle par l’armée, l’agence d’information Antara, que l’ambassade qualifiait de « l’un de nos ennemis les plus éloquents et les plus dangereux », la nouvelle dit : « Dans l’ensemble, une brise fraîche se met à souffler. »

Le PKI était-il vraiment derrière le mouvement du 30 septembre ?

Le télégramme 1516 de l’ambassade américaine à Jakarta au Secrétaire d’État, le 20 novembre 1965, révèle que les responsables étasuniens savaient que les sympathisants et les membres du PKI tués dans la purge massive dirigée par l’armée n’avaient eu aucun rôle dans le mouvement du 30 septembre.

Le télégramme fait état d’un journaliste australien qui avait parlé à un membre important du PKI de Yogyakarta, ainsi qu’à d’autres membres à Tegal et Purwokerto, Java Centre, et tous affirmaient ne rien savoir du prétendu coup d’État. Cela malgré le fait que la source du PKI de Yogyakarta fasse partie des 50 cadres importants de la ville et soit censée être bien informée des questions relatives au PCI.

Auparavant, le télégramme 779A, daté du 18 octobre 1965, contenait le commentaire « le plus encourageant de tout, il y a davantage de signes montrant que les gens (…) placent le blâme où il faut », se référant a la croyance de l’ambassade des Etats-Unis que le mouvement du 30 septembre était imputable au PKI. Un télégramme précédent, 971, daté du 12 octobre 1965, rapportait que l’armée indonésienne avait rassemblé des documents décrivant le rôle du PKI dans les meurtres du 30 septembre, que Sukarno avait refusé de lire. Notez que c’était avant les informations données par le journaliste australien.

Cependant, selon le Premier secrétaire polonais Andrzej Gradziuk, qui avait parlé avec un membre du Comité central du PKI, seuls quelques membres importants du parti étaient au courant du coup d’État. Le plan provenait d’un tiers et il n’y avait aucune intention de tuer les six généraux de l’armée. Sukarno était également censé soutenir le PKI le 1eroctobre en démontant un complot du Conseil des généraux, un scénario dans lequel c’était les généraux qui complotaient contre Sukarno et dont le PKI était le héros. Le télégramme 971 daté du 3 octobre 1965 confirme que l’armée avait en effet projeté de déposer Sukarno, mais on ne sait pas clairement si le plan avait été formulé avant le 30 septembre 1965 ou après.

Bref, on ne sait pas si la tentative de coup d’État du 30 septembre a vraiment été commise par le PKI. L’armée et la source de l’ambassade de Pologne pensaient que le PCI était impliqué. D’après nos lectures, beaucoup, sinon la plupart, des membres du PKI ne savaient rien du coup d’État.

La Chine était-elle derrière le mouvement du 30 septembre selon les documents étasuniens ?

Non. Les documents révèlent que les efforts entrepris pour accuser la Chine pour le 30 septembre venaient de l’armée.

Le télégramme 222 du consul général des États-Unis à Hong Kong adressé à l’ambassade américaine à Jakarta, daté du 27 avril 1966, confirme que l’implication chinoise dans le mouvement du 30 septembre était une supercherie. Le rapport se référait à un article publié dans le journal de l’armée, Angkatan Bersendjata, le 25 avril, liant le dirigeant chinois Mao Zedong au coup manqué, expliquant que l’article était une transcription littérale d’un article satirique publié à l’origine dans un quotidien de Hong Kong le 16 décembre 1965. Dans cet article de pure fiction, Mao encourageait le dirigeant du PKI Aidit à éliminer les généraux, affirmant que Mao lui-même avait tué plus de 20 000 cadres et soldats. Une aide militaire aurait également été proposée à Aidit. Dans l’article, Beijing insistait pour organiser le coup d’État du 30 septembre. On peut trouver l’article complet dans un autre document.

Le télégramme A673 déclare que la propagande anti-chinoise visait à protéger Sukarno et à faire porter le blâme sur ses plus proches alliés, le PKI et la Chine. L’auteur note : « Nous ne pensons pas que les Chinois aient été un élément primordial dans le mouvement du 30 septembre. »

On trouve la même conclusion dans l’examen par Taomo Zhou des câbles diplomatiques émis entre 1961 et 1965, dans un chapitre intitulé « China and G30S » de l’ouvrage Sept. 30 Movement and Asia — Under the Shadow of Cold War, publié par Kurasawa Aiko et Matsumura Toshio. Les documents chinois ont confirmé qu’il y a eu des pourparlers et des négociations sous la direction du commandant de l’Armée de l’air Omar Dhani pour demander une assistance militaire à la Chine, mais c’était pour la Cinquième Force (Angkatan Kelima) et il n’y a aucune preuve que la milice impliquée dans le mouvement du 30 septembre ait utilisé des armes chinoises. Le compte-rendu d’une conversation entre Mao et Aidit, daté du 5 août 1965, révèle que celle-ci a porté sur un plan pour s’emparer du pouvoir, mais les informations sur le mouvement du 30 septembre ont pris Beijing par surprise, ce qui montre un manque de connaissance des détails du prétendu plan du PKI.

Les documents étasuniens décrivent le contre-coup subi par la minorité chinoise en Indonésie pour l’implication chinoise supposée dans les meurtres du 30 septembre. L’armée a directement organisé une partie de cette réaction violente. Dans le télégramme 779A daté du 18 octobre 1965 mentionné plus haut, Sutarto révèle qu’une action à l’ambassade de Chine était planifiée. Sutarto était l’assistant spécial de Ruslan Abdulgani, deux fois ministre sous l’administration de Sukarno.

Le télégramme 1425 de l’ambassade américaine à Jakarta au Secrétaire d’Etat, daté du 12 novembre 1965, révèle que la purge contre les communistes continuait dans les provinces et qu’une émeute anti-chinoise avait éclaté à Makassar, où 90% des boutiques possédées par des Chinois-Indonésiens avaient été mises à sac, selon une source des Célèbes [dont la ville principale est Makassar, NdT]. Un rapport de décembre mentionnait une répression économique systématique contre les Chinois-Indonésiens, dont les avoirs en argent liquide avaient été saisis et les moulins à riz et les entreprises textiles avaient été pris par les commandants militaires régionaux.  En réponse, la Chine communiste a suspendu ses relations commerciales avec l’Indonésie.

À Bali, des boutiques appartenant à des Chinois-Indonésiens ont été incendiées, bien qu’il semble que seules celles qui étaient affiliées à la Chine continentale l’aient été, et non celles des Chinois « non rouges » ou nationalistes du Kuomintang. La situation conduisit les Chinois de Bali à demander leur évacuation par l’ambassade de Chine à Jakarta.

Que savaient les États-Unis des massacres de masse de 1965 ?

Dans le rapport, il est établi que les diplomates à l’ambassade américaine à Jakarta tenaient un registre des dirigeants du PKI exécutés et que les responsables étasuniens soutenaient activement les efforts de l’armée indonésienne pour détruire le mouvement ouvrier de gauche dans le pays. À partir des documents, il est évident que l’armée dirigeait la campagne anticommuniste. L’aérogramme A.353 daté du 30 novembre 1965 mentionne le soutien du général Suharto aux massacres de Java Centre.

La première information connue à ce sujet est révélée dans le télégramme 779A daté du 18 octobre 1965. Le télégramme rapporte une conversation entre un responsable de l’ambassade et Sutarto, assistant spécial de Ruslan Abdulgani – deux fois ministre sous l’administration de Sukarno. Sutarto mentionnait une « action anti-PKI » qui « s’est étendue (…) à d’autres régions en plus de [Jakarta] ; Medan, Sumatra Sud, Makassar » et que « Java Centre est en ébullition », cette dernière affirmation étant considérée comme une exagération par l’ambassade américaine.

Le télégramme A298 daté du 13 octobre 1965 rapporte que Adnan Buyung Nasution, alors assistant du procureur général, confirmait que l’armée avait exécuté de nombreux communistes mais tentait de le faire faire [par d’autres], craignant que Sukarno n’utilise des rapports étrangers contre ceux qui écrasaient le PKI, c’est-à-dire l’armée.

Le télégramme 1290, daté du 1er novembre 1965, décrit l’atmosphère tendue à Palembang, Sumatra Sud, les 28 et 29 octobre. Le télégramme indique que « 600 communistes seraient déjà emprisonnés et que les arrestations se poursuivent » et que l’armée rassemblait les responsables des syndicats du pétrole PERBUM et SOBSI.

On trouve une description plus détaillée de la situation à Java Est dans le télégramme 194 du consul américain à Surabaya adressé à Jakarta le 4 novembre 1965. Le télégramme mentionne des « raids de nettoyage » continus et que certains villages de Surabaya étaient fortement communistes, ainsi que situation préoccupante à Blitar et Banyuwangi. Le rapport mentionne que Madiun, Pacitan et Ponorogo avaient été placés sous contrôle. Le commandant de l’armée de Java Est, Basuki Rachmat, aurait comparé le mouvement du 30 septembre à la rébellion de 1948 du PCI à Madiun, et des images de propagande montrant les corps des six généraux mutilés circulaient à Surabaya.

Si auparavant les télégrammes n’utilisaient que les mots « tués » et « arrêtés », le télégramme d’action 183 adressé à Jakarta par le consul américain à Surabaya, daté du 26 novembre 1965, contient le mot « massacre », ce qui implique que les meurtres étaient perpétrés à large échelle. Le télégramme rapporte le massacre de communistes par le groupe de jeunes du Nahdlatul Ulama, l’Ansor, dans de nombreux endroits de Java Est. Une source a déclaré que l’exemple le plus important s’était produit à Tulungagung, où plus de 15 000 communistes avaient été tués, mais le consul américain doutait de cette information.

L’aérogramme A-398 révèle que les aveux de certains dirigeants du PKI avaient peut-être été falsifiés, y compris celui de Njono, un membre du Bureau politique du parti. Un rapport du 21 décembre 1965 de la première secrétaire d’ambassade, Mary Louise Trent, relève le désaccord de Sukarno à l’égard de l’agression contre le PKI, dont on estimait à ce moment-là qu’il avait provoqué la mort de 100 000 membres du PKI et 10 000 morts rien qu’à Bali. À la fin de décembre 1965, les meurtres de membres du PCI à Java Est se poursuivaient, mais « de manière plus discrète », et à Madiun, les prisonniers du PKI « étaient livrés à des civils pour qu’ils les massacrent ».

Le « contrôle absolu » de l’armée sur Java Centre est resté fort jusqu’en octobre 1966, un an après la prétendue tentative de coup d’Etat.

Qui travaillait avec l’armée ?

Selon plusieurs documents, les partis nationalistes et religieux. Le télégramme d’action 183 envoyé à Jakarta par le consul américain de Surabaya, daté du 26 novembre 1965, rapporte que le massacre généralisé était assimilé à une guerre sainte contre les infidèles, puisque les communistes étaient considérés comme des athées en Indonésie. Les prédicateurs d’une mosquée de la Muhammadiyah à Medan délivraient des « permis de tuer » les membres du PKI.

Le télégramme 1485 de l’ambassade américaine à Jakarta au secrétaire d’Etat, daté du 18 novembre 1965, déclare que l’armée travaillait avec des partis religieux, tant musulmans que chrétiens, ainsi qu’avec le Parti nationaliste indonésien (PNI), d’extrême-droite. On rapportait des affrontements entre le PKI et les partis religieux et nationalistes à Java Est, ainsi que le meurtre de 200 prisonniers du PCI par des musulmans à Bone. À Pasuruan, on rapporte que « l’armée … se détournait et permettait aux musulmans de continuer à massacrer » et qu’en décembre, l’armée livrait chaque nuit 10 à 15 prisonniers aux musulmans pour qu’ils soient exécutés ». À Kudus, les groupes commandos de l’armée (RPKAD) avait rassemblé des catholiques et des musulmans pour « éradiquer » le PKI.

Le télégramme A298 daté du 23 octobre 1965 comprend un compte-rendu d’une conversation avec Adnan Buyung Nasution. Nasution soutenait que c’était une occasion pour les modérés de « redresser le destin du pays », ce qui implique que les groupes modérés travaillaient aussi avec l’armée.

Le gouvernement des États-Unis a-t-il aidé l’armée indonésienne dans le meurtre de masse des communistes ?

Une lettre du conseiller politique du commandant en chef pour le Pacifique (CINCPAC) Norman Hannah à l’ambassadeur américain en Indonésie Marshall Green, datée du 13 octobre 1965, discute de la possibilité de l’aide étasunienne à l’armée. Hannah déclarait qu’il y avait « une possibilité raisonnable que l’armée indonésienne demande notre aide contre une insurrection du PCI ». Mentionnée dans la page de résumé, mais pas dans le document, on trouve la demande de Green à l’administration de Lyndon B. Johnson d’ « examiner la possibilité d’une aide ponctuelle à court terme sur une base secrète, non attribuable » comme signe du soutien américain. La demande de Green était le premier signe de la possible contribution américaine à la purge anticommuniste, mais ne signifiait aucune aide concrète.

Quoi d’autre dans les documents ?

  • Les documents révèlent aussi la connaissance qu’avaient les États-Unis d’une répression militaire brutale en Papouasie. Le télégramme 542A daté du 15 septembre 1965 décrit des soldats indonésiens « [tirant] des rafales de balles sur tout Papou en vue et abattant de nombreux passants innocents » après une cérémonie de lever de drapeau.
  • En discutant de la nomination de Ruslan Abdulgani au poste de délégué permanent de l’Indonésie aux Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères Adam Malik a soutenu que Suharto avait pris sa décision en écoutant son dukun (devin), qui était payé par le parti de Ruslan, le Parti nationaliste indonésien. Selon la rumeur, Suharto était un homme superstitieux.
  • Une conversation intéressante a eu lieu lorsque l’armée rassemblait des présumés communistes dans une raffinerie de pétrole Shell. Deux domestiques devaient être arrêtés dans une maison hollandaise. Le Hollandais dit : « Mais pas avant le repas. J’ai prévu une grande fête. » L’arrestation a attendu que le repas soit terminé.
  • Un reportage réalisé après l’arrivée à la présidence de Suharto décrit en long et en large la culture et le comportement javanais, avec le commentaire que les grandes différences culturelles posaient des problèmes fondamentaux pour la conduite étasunienne en Indonésie.

Par jeune pour une renaissance communiste en france : lien

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