Sur l’utilisation du concept d”armée de reserve” par les populistes bourgeois

Plus le paupérisme s’accroit pour les masses prolétariennes, plus la bourgeoisie sent le besoin de détourner la colère vers des boucs émissaires. C’est ainsi que du dirigeant des “Patriotes” Florian Philippot, à Eric Zemmour et Alain Soral, en passant par ce qu’à tenté Kuzmanovic au sein des “Insoumis”, on détourne le concept marxiste “d’armée de réserve du Capital” pour amener l’ouvrier français à identifier dans une même mesure que sa lutte contre le capital passerait par une lutte contre l’immigration. Pire encore, repris également par Gilles Questiaux à l’intérieur du P”C”F ou par divers personnalités ou groupes se revendiquant “à gauche”, il est important de comprendre à quel point ces seconds couteaux représentent une cinquième colonne du fascisme, essayant de donner une base plus large aux idées nationalistes au sein des masses, aboutissant objectivement à se faire les courroies de transmissions des premiers salopards cités.

Dans un article du 26 novembre 2014, sur le site internet du journal « Le Point », on pouvait lire:

« Florian Philippot, vice-président du Front national, a qualifié sur France Culture l’immigration d'”armée de réserve du capitalisme”, terme par lequel Karl Marx désignait l’ensemble des chômeurs, et a estimé qu'”une société multiculturelle” était “multi-conflictuelle”. “L’immigration est un projet du grand patronat. Il suffit de lire les rapports du Medef, du Medef européen. Ils trouvent leurs idiots utiles dans l’extrême gauche qui donne un vernis humaniste à cette politique qui est profondément inhumaine parce qu’on fait venir des gens pour les exploiter. C’est aussi ce qu’a dit le pape hier, il a parlé d’un marché d’esclaves”, a déclaré Florian Philippot.

L’immigration, a poursuivi le responsable frontiste, “c’est l’armée de réserve du capitalisme” qui “tire vers le bas les salaires, notamment français, mais qui pose aussi d’autres problèmes aujourd’hui. Je pense que le multiculturalisme est source de conflits multiples. Une société multiculturelle est une société multi-conflictuelle.” “On en rend compte manifestement chaque jour, mais on ne veut pas agir parce que nous n’avons plus de frontières. C’est pour cela que nous demandons la sortie de Schengen et la maîtrise de nos frontières”, a ajouté le député européen. »

Dans un meeting de 2017 à Strasbourg Sur cette thématique, il a évoqué les enjeux de la démographie africaine et évoqué son soutien à l’initiative de Jean-Louis Borloo d’électrification de l’Afrique et appelé – une fois n’est pas coutume – à un financement européen de ce projet.

Le 8 septembre 2018 Nouvel’Obs Djordje Kuzmanovic disait :

« Sur la question migratoire, en particulier, la bonne conscience de gauche empêche de réfléchir concrètement à la façon de ralentir, voire d’assécher les flux migratoires, qui risquent de s’accentuer encore du fait des catastrophes climatiques. Plutôt que de répéter, naïvement, qu’il faut “accueillir tout le monde”, il s’agit d’aller à l’encontre des politiques ultralibérales – ce que la social-démocratie a renoncé à faire. En dénonçant, par exemple, les accords de partenariat économique (APE) avec les pays africains. Ces accords anéantissent les marchés des pays les plus faibles économiquement et fabriquent à grande échelle de la misère, et donc des candidats à la migration. »

Lorsque le journaliste pose la question : « Est-ce qu’en déployant la rhétorique du “surnombre”, en faisant le lien entre chômage et migration, on n’entre pas sur un terrain favorable à l’extrême droite ? », Kuzmanovic répond :
« Cette accusation est absurde. Elle émane d’une partie de la gauche – celle que je dénonçais tout à l’heure – qui a oublié les discours de Jaurès dans le “socialisme douanier” par exemple ! Lorsque vous êtes de gauche et que vous tenez sur l’immigration le même discours que le patronat, il y a quand même un problème… Ce que nous disons n’a rien de nouveau. C’est une analyse purement marxiste : le capital se constitue une armée de réserve. Lorsqu’il est possible de mal payer des travailleurs sans papiers, il y a une pression à la baisse sur les salaires. Cette analyse serait d’extrême droite ? Vous plaisantez. »

On peut donc constater que, aussi bien de l’Extrême-droite « les patriotes » aux « Insoumis », les populistes bourgeois ont choisis d’attiser l’immigration comme épouvantail de « l’armée de réserve du capital ». Et pour ne pas paraître raciste, ils ont quand même la bonté civilisatrice de proposer l’aide aux pays sous-développés. Néanmoins depuis que l’impérialisme existe on sait bien que « l’aide » d’une nation impérialiste aux pays sous-développés n’a jamais signifié rien d’autre que l’exportation des capitaux, la mainmise sur les secteurs stratégiques d’un pays donné par les monopoles impérialistes français. Lorsque l’on sait que le dirigeant des « Insoumis » se félicita des ventes de rafales à l’Inde, il n y a pas de doute que le mot « aide » rime avec « profits » pour les impérialistes.

C’est surement au nom de « l’aide » au pays sous-développés que le monopole EDF gère le réseau électrique du Cambodge, tandis qu’une filiale de Vinci y gère trois aéroports internationaux. De même que c’est au nom de « l’aide » que le groupe Bolloré dirige ports et chemins de fer en Afrique. Ce que ne dis pas Kuzmanovic c’est qu’il est impossible pour un ouvrier internationaliste d’avoir la même position que le patronat sur l’immigration, pour la simple et bonne raison que l’ouvrier internationaliste recherchera l’union avec les travailleurs de toutes les nationalités pour le renversement du patronat, tandis que ce dernier recherche dans l’immigration de la main d’oeuvre exploitable à bon marché. S’il ne le dit pas c’est que sa base idéologique n’est pas la lutte des classes entre les exploiteurs et les exploités, mais les intérêts de la Nation bourgeoise française contre les autres Etats capitalistes.

« Nous sommes contre la traque des migrants : c’est une grande différence avec l’extrême droite. »
Disait Kuzmanovic. En rajoutant : « On ne peut pas laisser mourir les gens en Méditerranée, mais si une personne n’est pas éligible au droit d’asile, il faut la renvoyer dans son pays. Et rapidement. »

La différence avec l’extrême-droite tiens donc à quelques formules hypocrites destinées à paraître démocrate, rien de plus. Car « renvoyer dans son pays » un immigré nécessite nécessairement des mesures administratives de contrôle, des opérations de police, autrement dit ; une traque.

« Quant à cette supposée insécurité culturelle, elle ne pèse pas lourd, en face des déterminants économiques. J’étais candidat aux législatives dans le bassin minier du Nord. C’est une terre d’immigration : des Polonais, des Italiens, des Marocains qui ont été amenés là pour faire les boulots les plus durs. Ils ne peuvent pas accueillir d’autres migrants : le taux de pauvreté est de 40%, le taux de chômage de 30% ! Le sentiment de voir se déliter sa culture est lié à un repli communautariste, qui est très étranger au républicanisme français et qui s’explique par la crise politique et économique qui nous affecte. Ces tensions se résorberaient si nous étions capables de lutter contre la précarité, en partageant la richesse produite qui finit principalement dans les mains de quelques ultrariches. »

(Kuzmanovic)

On ne peut pas accueillir d’immigrés en plus, car il y a trop de chômeurs. Mais il ne faut surtout pas dire ce qui à provoqué tant de chômage…car cela reviendrait à prôner le marxisme aux prolétaires. Cela reviendrait à propager la prise de conscience sur la nécessité pour la classe ouvrière de détruire le capitalisme. Il est plus sain lorsque l’on est lié à l’économie impérialiste française de préparer le terrain psychologique à l’ère des pogroms au sein du peuple.

Le but des populistes n’est pas d’éclairer les prolétaires sur leur condition, mais de les égarer sur les causes du chômage et du paupérisme. S’ils devaient éclairer les prolétaires sur les phénomènes du capitalisme , ils se verraient obliger d’expliquer le Capital de Karl Marx. Or, lorsque Marx explique l’accumulation capitaliste et la création d’une surpopulation d’ouvriers non occupé (l’armée de réserve), il n’est pas question une seule seconde de l’immigration.

« En produisant l’accumulation du capital, et à mesure qu’elle y réussit, la classe salariée produit donc elle-même les instruments de sa mise en retraite ou de sa métamorphose en surpopulation relative. » (Karl Marx, Le Capital)

« Mais comme grâce aux progrès du machinisme et à une agriculture perfectionnée, etc., on a besoin de toujours moins d’ouvriers pour obtenir la même quantité de produits, comme ce perfectionnement, c’est-à-dire le fait de créer un excédent d’ouvriers, progresse toujours plus vite que même le capital qui va croissant, qu’advient-il d ce nombre toujours plus grands d’ouvriers ?
Ils forment une armée industrielle de réserve, qui pendant les temps où les affaires marchent le plus mal et plus médiocrement, est payée au-dessous de la valeur de son travail, et est occupée irrégulièrement, ou encore retombe à la charge de l’assistance publique, mais qui pendant les temps où les affaires sont particulièrement prospères, est indispensable à la classe des capitalistes, comme cela apparaît clairement en Angleterre, mais qui, quelles que soient les circonstances, sert à briser la force de résistance des ouvriers régulièrement occupés, et à maintenir bas leurs salaires. »

(…)

« Plus s’accroit enfin cette couche des Lazare de la classe salariée et l’armée de réserve industrielle, plus s’accroit aussi le paupérisme officiel. »

(Friedrich Engels, article paru dans le Demokratisches Wochenblatt, mars 1868)

Si les populistes recherchaient véritablement à expliquer comment se forme « l’armée de réserve du Capital », ils feraient prendre conscience aux ouvriers et aux ouvrières, que chaque jour d’exploitation, en permettant l’accumulation du capital, ils et elles mettent en œuvre, le mouvement qui permettra au capitaliste de se passer d’eux demain.

Comme le but des populistes est de donner un nouveau souffle au capitalisme et de faire croire aux prolétaires qu’ils peuvent attendre une amélioration de leur condition de vie sous le travail salarié, ils ne peuvent pas révéler que c’est dans l’essence même du processus de production capitaliste que réside la source du chômage et du paupérisme.

Les populistes voudraient faire assimiler aux prolétaires qu’il est possible d’améliorer la petite routine grâce à la croissance. Au contraire, le prolétaire conscient de ce qu’est le capitalisme, doit voir que c’est précisément dans sa routine quotidienne au travail que réside l’aliénation suprême, sa dépendance envers le capitalisme, sa chute programmée vers toujours plus de précarité, à mesure que le capital s’accroit.

La notion de croissance, telle que martelée comme la solution salvatrice de toute la société par les défenseurs du capitalisme ne peut rien vouloir dire d’autre que l’accumulation du capital. Or, c’est précisément parce qu’il y a accumulation du capital qu’il y a développement de la technique industrielle, de l’automatisme et donc, exclusion par le capitaliste d’une quantité toujours plus grande de la force de travail humaine.

Une fois cette explication donnée, les pseudos gens de gauche(quels que soit leurs prétentions nominales : “antifascistes”, “communistes” etc.) qui se font les courroies de transmission du nationalisme ne peuvent être vu que comme des saboteurs, des provocateurs anti marxistes. Dans la Chine populaire de Mao Tsetoung, on dénonçait ce type d’impostures par la formule “Agiter le drapeau rouge pour s’opposer au drapeau rouge”.

Par Théorie Communiste : https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2268721729813632&id=1094608300558320&__tn__=K-R

Aller à la barre d’outils